Cinq siècles de justice à Toulouse

La société judiciaire aux XVIIe et XVIIIe siècles (Aspects culturels)

Michel Taillefer, Professeur d'histoire moderne à l'université de Toulouse-Le Mirail
Souverain chapitre de Rose-Croix de la sagesse
Souverain chapitre de Rose-Croix de
la Sagesse
Histoire des comtes de Tolose.G.Catel
Histoire des comtes de Tolose.G.Catel
Portrait du premier président de Cambon
Président de Cambon
(portrait)
Privilégiés de la naissance, de la fortune et du pouvoir, les parlementaires toulousains l'étaient aussi de la culture. Une éducation soignée, les traditions familiales, l'aisance et les loisirs les prédisposaient à l'étude et à la pratique des lettres, des sciences et des arts, où plusieurs d'entre eux excellèrent : le génie de Pierre de Fermat, un des plus grands mathématiciens de son temps, ne doit pas laisser dans l'ombre l'apport de Guillaume Catel ou de Jean-François de Montégut à l'histoire et à l'archéologie toulousaines, les curiosités multiformes du président d'Orbessan, l'intérêt du procureur général de Bonrepos pour l'astronomie ou le talent de graveur de Joseph-François Foulquier. Leurs hôtels abritaient de vastes bibliothèques et d'importantes collections de tableaux, fréquemment mises à contribution par l'Académie des Arts pour organiser ses expositions annuelles. Au XVIIIe siècle s'y multiplièrent les cabinets curieux de physique, d'histoire naturelle, de médailles ou d'antiques ; celui du conseiller de Montégut rassemblait plus de 3 600 monnaies et près de 200 statues anciennes et modernes (cf. annexe 3).

Fournissant 45 % des mainteneurs nommés ou reçus de 1694 à 1790, les magistrats contrôlaient étroitement les Jeux floraux (cf. annexe 4), après comme avant la transformatin de ces derniers en académie royale. Plus modeste, leur contribution aux travaux de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres et de l'Académie de Peinture, Sculpture et Architecture, ainsi qu'à ceux de sociétés privées comme la compagnie des Lanternistes ou le Musée, n'en était pas moins significative. Leur goût pour les formes nouvelles de la sociabilité culturelle, dont le développement caractérise le siècle des Lumières, se manifestait encore dans les salons que tenaient leurs épouses - la présidente Du Bourg, Mme de Cambon, Mme de Rességuier... -, et surtout dans leur adhésion massive à la franc-maçonnerie : à la veille de la Révolution, plus de 35 % d'entre eux fréquentaient les loges les plus aristocratiques de la ville, Clermont, la Parfaite Amitié, la Vérité Reconnue.

La suprématie que Messieurs du parlement exerçaient traditionnellement sur les institutions culturelles fut toutefois ébranlée, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, par la participation croissante des avocats, de plus en plus nombreux dans les sociétés littéraires et savantes et dans les loges maçonniques ; si la Paix apparaît alors comme la loge du barreau par excellence, on trouve des avocats dans presque tous les ateliers. Les autres professions judiciaires, moins concernées semble-t-il par les activités proprement intellectuelles, étaient également sensibles à l'attrait de la maçonnerie, à laquelle adhéraient plus du tiers des officiers du sénéchal et des procureurs et près du quart des notaires.

Enrichis par les revenus considérables que leur procurait le canal des Deux-Mers, dont ils étaient restés propriétaires, les descendants de Pierre-Paul Riquet s'intégrèrent à la noblesse et s'illustrèrent jusqu'à la Révolution dans la robe aussi bien que dans l'épée. A chaque génération leur famille compta au moins un magistrat. Le plus influent fut Jean-Gabriel-Amable-Alexandre, baron de Bonrepos, qui remplit les fonctions de procureur général de 1750 à 1770, c'est-à-dire dans la période où l'opposition du parlement au pouvoir royal atteignit son paroxysme.


Souverain chapitre de Rose-Croix de la Sagesse

Diplôme maçonnique de l'avocat Jean-Pierre-François Ricard,
30 septembre 1774.

XVIIIe siècle. Parchemin, sceaux, rubans. 754 x 610 mm.

Bibliothèque municipale de Toulouse
Ms 1188


Avocat au parlement et conseiller du roi référendaire en la chancellerie, Jean-Pierre-François Ricard était un des francs-maçons toulousains les plus actifs. Membre de la loge des Vrais Amis Réunis qu'il présida à plusieurs reprises, il appartenait également à la loge de la Paix et au chapitre écossais de la Sagesse, où il reçut le 30 septembre 1774 le grade de souverain chevalier prince maçon libre et parfait d'Heredom sous le titre de l'aigle et de Rose-Croix.

Souverain chapitre de Rose-Croix de la Sagesse
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Histoire des comtes de Tolose, par M. Guillaume Catel

conseiller du roy en sa cour de parlement de Tolose.
Toulouse, Pierre Bosc, 1623, [12]-400-[44]-174 p., grav.
Notes manuscrites de la main de Catel. Gravures rehaussées à l'aquarelle.
Ex-libris de Lalande (10 février 1682 et 8 février 1700), de Paul Massin et de Gilielmus de Puimisson [Guillaume de Puymisson]. Reliure de basane fauve aux armes de Catel.

Bibliothèque municipale de Toulouse

Rés. A XVII 171..


Petit-fils et fils de conseillers au parlement, Guillaume Catel succéda à son père en 1588. Magistrat intolérant, qui contribua à envoyer Vanini sur le bûcher, c'était aussi un érudit de valeur, généralement considéré comme le premier véritable historien de Toulouse.
Histoire des comtes de Tolose, par M. Guillaume Catel
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Portrait du premier président de Cambon
Huile sur toile. XIXe siècle.

Cour d'appel de Toulouse


Appartenant à une famille de magistrats, Jean-Louis-Emmanuel-Augustin de Cambon (1737-1807) occupa successivement les charges de conseiller au parlement (1758), avocat général (1762), président à mortier (1779) et procureur général (1786), avant d'être nommé premier président le 18 décembre 1787. Il put échapper aux poursuites dirigées pendant la Terreur contre les parlementaires toulousains, mais son épouse Dorothée-Etiennette de Riquet, fille du procureur général de Bonrepos, fut une des dernières victimes du tribunal révolutionnaire de Paris.

Portrait du premier président de Cambon

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