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Fédération Historique de Midi-Pyrénées

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puceToulouse, une métropole méridionale :
vingt siècles de vie urbaine


Toulouse
14-16 juin 2007


Résumé des communications

> Atelier 1 : Territoires et urbanismes
> Atelier 2 : Habitants et société
> Atelier 3 : Pouvoirs et institutions
> Atelier 4 : Activités et échanges
> Atelier 5 : Religion et croyances
> Atelier 6 : Création artistique et littéraire
> Atelier 7 : Savoirs et transmission des connaissances
> Atelier 8 : Images, représentations et art de vivre


puceTerritoires et urbanisme
Coordonnateurs : François BORDES et Robert MARCONIS


Michel VAGINAY
Aux origines de Toulouse, la cité des Tolosates à l’âge du Fer


Aujourd’hui encore, il est courant de considérer que la naissance de Toulouse se confond avec la fondation de la civitas romaine au tournant de notre ère. C’est pourtant là faire fi des textes antiques tout autant que des données de l’archéologie.
Les premiers nous indiquent que Tolosa était déjà au moins un siècle plus tôt une cité importante et florissante de Gaule. Cicéron évoque son rôle commercial majeur à l’occasion de son fameux plaidoyer en faveur du gouverneur Fonteius devant le Sénat romain dans les années 70 avant notre ère et deux décennies plus tard, César cite la « civitas tolosates » dans son Bellum Gallicum. Strabon, reprenant les informations rassemblées par Posidonios dans les années 100 avant notre ère, nous livre notamment l’épisode mythique de l’or des Tolosates, pillé par le général romain Caepio venu réprimer en –106 leur révolte contre la puissance romaine.
Depuis près de deux siècles, l’archéologie elle-même révèle peu à peu les contours et l’importance de la Tolosa gauloise. Les recherches les plus récentes montrent que plus de 230 hectares étaient densément occupés dès la première moitié du IIe avant notre ère, notamment avec les deux principaux pôles de peuplement que constituent Vieille Toulouse et le quartier Saint Roch dans Toulouse.


Jérôme SALLES
Archéologie des Paysages : Territoire et Urbanisme de Toulouse Romaine L’apport des cadastres romains

1 – Le cadastre républicain de fondation de Tolosa.
En 104 av. J.-C. le point central, le locus gromae sur le cadastre de Narbonne. Les axes principaux cardo et décumanus.
La castrametatio de la cité : les via principalis, les limites, un seul monument sur ce cadastre.
2 – Le cadastre pré-impérial et colonial de la cité.
30 av. J.-C. l’origine du cadastre à 90 km de Toulouse.
Le cadastre de la monumentalisation de la cité : le temple du Bazacle sur la Garonne, le temple de la Daurade, le temple de Saint-Jacques, le Théâtre, le Capitolium, les portes de l’enceinte, l’enceinte, l’Arc de Triomphe ?
Le territoire centurié et son extension surprenante.

Jean-Luc BOUDARTCHOUK
De Toulouse wisigothique à Toulouse franque :
histoire et archéologie d'un tournant majeur de l'histoire urbaine

La chute brutale du prospère royaume wisigoth en 507/508, la prise et le pillage de Toulouse marquent un tournant majeur dans l'histoire de la ville. Les rares textes qui nous sont parvenus comme les quelques témoignages archéologiques récemment mis au jour paraissent témoigner d'une certaine rupture avec les fastes du siècle précédent.


Christophe CALMES
Toulouse et sa banlieue médiévale entre mythe et réalité :

l’exemple de la Grande Lande

Autant la ville de Toulouse a fait l’objet de nombre d’études, autant la proche banlieue de la ville, son gardiage, ont longtemps été négligés. Ce que nous en connaissons, nous le tenons de la tradition, véhiculée par les érudits locaux. Ce regard ne correspond pas toujours aux données documentaires disponibles, et une confrontation s'impose donc entre cette historiographie "érudite" et la réalité des textes même peu nombreux. L’exemple choisi de la Grande Lande, au nord du gardiage, illustre bien cette situation. Elle ne fut pas ce qu’on a pu en dire. En la replaçant dans l’évolution du cadre de peuplement bien particulier que fut la banlieue de Toulouse, on peut s’interroger sur ce qu’elle a réellement été.


Aurélie MONROZIES-BLANCHARD
Connaissance du territoire toulousain : les enjeux du compois de 1680

Source statistique par excellence pour l’étude de la propriété foncière et de l’occupation du sol à Toulouse sous Louis XIV, le compois de 1680 est aussi un témoignage exceptionnel sur le système fiscal de l’époque, les rapports de la cité avec le pouvoir royal, le fonctionnement de la municipalité, en fin de compte les enjeux politiques et sociaux qui sont liés à sa raison d’être. Ainsi, au-delà des résultats de l’analyse d’un tel document, la question posée est celle de savoir comment on peut accéder aux débats que son élaboration a soulevés.
Les sources pour dresser un historique de sa confection sont nombreuses et variées : délibérations de la ville et annales (série BB), arrêts du Conseil d’Etat (série AA), correspondance entre l’Intendant, les Capitouls et les Conseillers du Roi (série C), comptes de la ville (série CC), contrats de travail pour les arpenteurs (série DD). Elles permettent de découvrir que, si l’ordre de procéder à la réfection du compois de 1572 a été donné dès 1678, ce n’est qu’en 1692 qu’il fut véritablement achevé. Techniquement pourtant, la réfection aurait pu être terminée en cinq ans… et ce sont bien les enjeux fiscaux planant autour d’un tel document qui créèrent moult controverses et conflits, empêchant la réalisation du projet. Seule l’arrivée du sieur Daspe, nouveau maire de la ville, permit de mettre un terme aux discordes et d’achever l’ouvrage.

Jean-Luc LAFFONT
"Eclairer la ville : Toulouse au siècle des Lumières"

Dans le courant de la seconde moitié du XVIIe siècle, quelques capitales européennes se dotèrent d'une innovation qui enthousiasma les contemporains tant elle leur paraissait être la réponse à leurs angoisses nocturnes: l'illumination publique. A l'heure où la création de lieutenances de police était à l'ordre du jour dans les villes de province, un édit royal, daté de juin 1697, ordonnait qu'il soit incessamment procedé a l'établissement des lanternes dans les principales villes du royaume, conformément à la ville de Paris où l'illumination publique avait été instituée à la plus grande satisfaction des autorités depuis quelques décennies (1667). Peu nombreuses furent les villes qui, comme Toulouse, s’employèrent immédiatement appliquer l’ordre royal. Dès lors, les capitouls, avec opiniâtreté mais non sans mal, déployèrent de réels efforts pour doter Toulouse d’un éclairage public performant, digne de l’idée qu’ils se faisaient de la grandeur de leur ville.
L'histoire de l'illumination publique toulousaine au siècle des Lumières peut se diviser en deux grandes et inégales périodes s’articulant autour des années charnières 1780 qui marquèrent la mise en place des réverbères à bec à la place des lanternes à chandelles. En moins d'un siècle on est donc passé du « temps des lanternes » au « temps des réverbères ». Avec ce progrès matériel, Toulouse et ses habitants s’ouvraient à une temporalité nouvelle marquée du sceau de la modernité pour l’époque. C'est cette évolution qu'on se propose de suivre et d'analyser.

Pierre GASTOU
Yacinthe Grandvoinet et le cadastre de la ville de Toulouse

Vers 1780 la ville de Toulouse entreprend la réfection de son cadastre ; le précédent, réalisé en 1680, étant devenu obsolète. C’est Hyacinthe Grandvoinet, ingénieur-géographe du roi qui est choisi pour accomplir cette tache. Lui-même fils d’un ingénieur du roi, Grandvoinet a participé à l’élaboration de la carte Cassini (1769-1773). Les travaux débutent en 1788, ils s’achèveront prés de trente ans plus tard. Entre-temps plusieurs régimes se seront succédés, l’ingénieur aura intégré l’armée révolutionnaire dans le corps du génie, il aura aussi entrepris la réalisation du cadastre de la Haute-Garonne. Très contesté par les hommes de l’art, il n’achèvera pas son travail, tant pour la ville que pour le département. De cette aventure il reste un document, le cadastre de Toulouse dit « Grandvoinet », mal connu, entaché d’une réputation de fausseté qui a pourtant été largement utilisé pour les alignements des trente premières années du XIXe siècle.

Georges FOURNIER
Toulouse 1789-1800 : un espace urbain en révolution

La Révolution réinvestit les lieux publics et en crée de nouveaux en fonction des profondes mutations, administratives, politiques, idéologiques et culturelles qu’elle impose. Ainsi se constituent ou s’enrichissent des lieux de mémoire.
Surtout, elle redéfinit l’espace urbain, non sans tâtonnements, en le découpant en sections. C’est dans ce nouveau cadre que l’on peut apprécier la répartition spatiale des comportements politiques; l’ampleur des adhésions ou des refus de la Révolution;  suivre l’évolution de ces attitudes au cours de la période et  envisager une comparaison avec le milieu socio-économique.
Ainsi, il est possible de localiser  1328 des membres de la société populaire sur 1530 environ (87 %)  et même 92 % des militants de l’an II. De même, malgré la relative instabilité des sections électorales, le déroulement des différents scrutins traduit dans l’espace urbain des clivages plus complexes que le simple affrontement du quartier parlementaire avec le reste de la ville tel qu’il a pu s’exprimer à certains moments de paroxysme.
Pour aussi vivante qu’elle soit à certaines périodes, la section révolutionnaire, pas plus que les capitoulats auxquels elle succède, ne parvient à se substituer à la vie des quartiers, telle qu’elle se manifeste en particulier dans la fête révolutionnaire.

Jean-Paul ESCALETTES
Une ville assiégée : Toulouse en avril 1814

Depuis 1807, Toulouse est la place arrière de la Guerre d’Indépendance d’Espagne. Sa situation géographique, ses ressources matérielles et un réseau de communication expliquent ce rôle.
Une géographie militairement favorable.
Une urbanisation dense ; un pont unique ; une périphérie suburbaine irrégulière.
Une zone rurale avec un fort réseau de chemins ; un relief vallonné ; un réseau hydrographique protégeant la ville.
Une urbanisation militaire permanent et temporaireUn rempart moyenâgeux de briques impressionnant pour l’attaquant !
Des retranchements temporaires de meilleure valeur militaire.
Une population disparateLes Toulousains après avoir « profité » des avantages de place arrière d’une guerre qui dure depuis 7 ans découvrent la réalité des combats. Malgré la censure impériale les atrocités commises en Espagne sont connues.
Boutiquiers et commerçant craignent maintenant pour leur négoce. Notables et autorités prennent des précautions, l’ordre impérial d’évacuer devant l’ennemi facilite et légalise la fuite des autorités…

Laure KRISPIN et Louise-Emmanuelle FRIQUART
Un exemple d'architecture "haussmannienne" à Toulouse :
le Grand-Hôtel rue de Metz

Le Grand-Hôtel, réalisé par la Société Grenobloise Toulousaine à l’orée du XXe siècle, est un édifice notable pour la ville de Toulouse. Il s’inscrit dans une opération urbaine d’envergure : la percée de la rue de Metz où la SIGT finance la construction de onze édifices. Cette communication s’attachera à montrer la particularité du programme qui a présidé à la construction du Grand-Hôtel à l’intérieur de cette opération immobilière complexe liée au prolongement de la rue de Metz.

Marc RIVERE
Le vélo dans l’espace urbain

Dans le cadre de ma thèse, en cours d'élaboration, j'analyse l'évolution d'un processus. En l'occurrence, 30 ans (1975-2005) d'émergence, évolution et diversification de la défense du vélo dans l'espace urbain, en tant que mode de transport doux et alternatif. Ce travail sur l'histoire récente interroge les interactions société civile / pouvoir politique institutionnel. La question du vélo est une entrée, qui bien qu'en apparence marginale, permet d'appréhender des notions de sociologie politique fondamentales. La démarche se voulant comparative, j'étudie les cas de Toulouse, Genève et Saragosse. Concernant Toulouse, l'avancée de mes travaux d'analyse d'archives et d'entretiens, m'offre matière à compréhension de l'évolution des identités, représentations et enjeux locaux.

Yohann MORVAN
Echanges et urbanisation à Toulouse à travers les âges

La communication reprendra dans ses grandes lignes la partie de ma thèse, en cours de rédaction, consacrée à ce thème. Trois strates d’urbanisations seront appréhendées pour comprendre comment les échanges génèrent de l’urbain : la romanisation, le « long Moyen Age », et la modernisation et ses racines. Le point de vue adopté sera celui de l’anthropologie historique. Les échanges urbains entrelacent un grand nombre d’activités humaines de natures diverses qui forment un maelström complexe. Cela entraîne des interdépendances enchevêtrées permettant l’épanouissement d’un milieu innovateur ne relevant pas uniquement de l’économique, mais dont l’économique se nourrit. Chaque monde historique présente des logiques spécifiques d’échanges en fonction notamment des mentalités, des sociabilités urbaines, de la situation internationale, du contexte technologique, etc. . Les processus successifs d’urbanisation de Toulouse comportent de fortes originalités, comme l’atteste l’historiographie renouvelée. La création de la ville par la romanisation ne dépend pas tant d’un surplus agricole que de transferts civilisationnels qui vont favoriser l’éclosion d’une florissante culture citadine locale, en particulier pendant l’Antiquité tardive. Le développement urbain du « long Moyen age » est, quant à lui, davantage redevable à une amélioration des rendements des campagnes toulousaines, confirmant la ville dans son statut de métropole méridionale. L’entrée de l’agglomération dans la modernité semble accuser un certain retard, retard très relatif qui s’est avéré à bien des égards être une chance par la suite.

Rémi PAPILLAULT
Des qualités de l’étalement urbain du Grand Toulouse

Depuis la crise de la fin des grands ensembles dans les années 1970, la recherche architecturale et urbaine était tellement concentrée sur la question de la sauvegarde des centres anciens et de leurs extensions du dix-neuvième que nous n’avons pas vu ce qui se passait autour de nous. Une ville contemporaine, de grande ampleur, est née, différente de celle que nous connaissions, et qui, il faut bien le reconnaître, s’est faite sans qu’elle n’ait jamais été théorisée, ni par les urbanistes ni par les architectes, peut-être même sans « personne » si l’on regarde l’impuissance des politiques menées contre l’étalement urbain depuis trente ans. Le Grand Toulouse aura consommé 500 fois plus de territoires en 30 ans qu’en vingt siècles d’existence. Ces territoires qui fascinent certains chercheurs et en exaspèrent d’autres constituent aujourd’hui près de 70 % de notre urbanisation dont les constats de médiocrité sont nombreux. De quelle ville s’agit-il ? De celle des lotissements pavillonnaires, résidences sécurisées, parcs d’activités, centres commerciaux, hard discount, délaissés, voies rapides, qui se déroulent sur des dizaines de kilomètres à la périphérie de nos cités. Elle a un caractère qui lui est propre. En langage universitaire nous sommes face à une typo-morphologie établie. Il existe un rapport reconnaissable entre les types de bâtiments qui la composent et sa forme générale. Aujourd’hui le constat et sa critique ne suffisent plus : les incantations sur le durable et l’environnemental non plus. Nous proposons de changer de regard face à l’inéluctabilité, tenter la posture d’un manifeste pour l’étalement urbain. Faire comme si, cachées dans les plis de cette ville contemporaine, se trouvaient les pistes d’une façon de la penser.



puceHabitants et société
Coordonnateurs : Jack THOMAS et Marie-Christine JAILLET

 

Jean-Marie PAILLER
Tolosa et sa population, des Tectosages aux Wisigoths.
Quelques approches et données nouvelles

Toulouse antique est de mieux en mieux connue, surtout grâce aux progrès de l'archéologie préventive. Depuis la publication de Tolosa (2002), de nombreuses découvertes ont été faites, en particulier dans les secteurs des Carmes, du Monument aux Morts, de la Caserne Niel. L'étude du matériel exhumé à cette occasion, comme la relecture des quelques sources littéraires disponibles, permet de renouveler quelque peu les approches traditionnelles. Il en va ainsi de la période protohistorique et de l'image du site majeur des Volques Tectosages, les "chasseurs de terres", qu'on ne saurait désormais limiter à Vieille Toulouse. De même, on a pu réévaluer l'importance de la fondation de la ville romaine à la fin du règne d'Auguste et de sa promotion au rang de colonie "palladienne" (donc "vouée à Pallas-Athena") au temps de Domitien. Enfin, la période wisigothique, ce Ve siècle où Toulouse a été la capitale d'un royaume qui s'etendait de la Loire à Gibraltar, est attestée ( était attesté !) par le Palais des rois wisigoths installé contre le rempart augustéen, près de la place Saint-Pierre.Une des originalités de Toulouse, par rapport aux autres villes romaines de la Gaule, qui se rétractent à cette époque derrière de nouveaux remparts, est precisément d'avoir connu une période de prospérité et même un nouveau développement au IVe et au Ve siecle. 
En ce qui concerne la population de Toulouse et du Toulousain dans l'Antiquité, inutile de dire que nous ne disposons d'aucune donnée démographique ou statistique. La densité de l'occupation préromaine, dans le vaste secteur qui s'étend de Vieille Toulouse au quartier Saint-Roch, laisse deviner des groupes humains assez nombreux, organisés autour d'un oppidum. Une inscription latine, des constructions "à la romaine" dès le milieu du Ier s. av. J.-C., témoignent de la présence précoce de marchands et d'esclaves italiens. La ville romaine fondée au tournant de notre ère englobe dans son enceinte 90 hectares, dont une très large part a dû rester longtemps inoccupée, ou consacrée à la culture. L'amphithéâtre de Purpan, par sa contenance (8000 places environ), ne donne de la population qu'une idée très approximative, dans la mesure où il s'agit d'un bâtiment destiné à des fêtes "de la cité" tout entière, et non de la ville proprement dite. Le doublement de sa capacité au IIIe siècle peut être lié à des circonstances extérieures. Il n'en atteste pas moins cette caractéristique de Tolosa : du IIIe au Ve siècle - le siècle wisigothique -, cette ville est en expansion et non, comme bien des villes de la Gaule, en voie de rétraction plus ou moins accélérée.

Véronique LAMAZOU-DUPLAN
Lire et écrire chez les notables toulousains à la fin du Moyen Âge ?
Quelques pistes sur la culture des élites laïques avant 1450


Quelle était la culture des notables toulousains aux XIVe et XVe siècles ?
Dès le XIIIe siècle, les capitouls ont soin de conserver la mémoire administrative de la ville et sont les commanditaires du Livre des Histoires alliant portraits et annales. Toulouse est une métropole régionale où l’on s’attend à rencontrer des élites cultivées, lettrées, goûtant aux joutes poétiques des Jeux Floraux. Siège archiépiscopal, la ville abrite des couvents mendiants, un studium et des collèges qui recrutent dans le sud-ouest mais aussi, a fortiori, dans la ville. Ville du roi, les officiers puis les parlementaires y sont actifs.
Pourtant, les inventaires notariés, qui font pénétrer dans les demeures, signalent bien peu de livres. Cela ne signifie pas pour autant que ces Toulousains ne lisent ou n’écrivent pas : des pièces de mobilier et divers objets signalent qu’ils des hommes de la terre et du compte, sans doute détenteurs d’une culture plus pratique que savante, au moins pour la plupart d’entre eux. Sans doute faut-il ici distinguer laïcs et clercs de Toulouse, aux univers culturels, certes perméables, mais spécifiques. Avant l’éclosion de l’humanisme à Toulouse, la culture des notables laïcs toulousains s’exprime aussi peut-être par d’autres voies que celle du livre. Ainsi les références à la chevalerie urbaine, tant dans les intérieurs que sur les miniatures capitulaires, permettraient de forger une conscience de groupe et une identité culturelle commune à des élites hétérogènes. Ce n’est qu’au tournant des XVe et XVIe siècles, dans le contexte de l’épanouissement de l’humanisme, que ces notables laïcs toulousains s’approprieront l’écriture de l’histoire, la quête des antiquités toulousaines ou les argumentaires issus des milieux juridiques.



Didier PAYA
Les léproseries toulousaines : nouvelles données

Dans le cadre du programme collectif de recherche « Toulouse au Moyen Age, topographie et archéologie », il nous a été possible de mettre à jour le dossier des léproseries toulousaines. Les études sur le sujet de la lèpre sont récentes mais demeurent rares d’où une image bien souvent erronée d’une société en position de peur et de rejet envers cette affection. Pourtant et comme ailleurs, le Moyen Age toulousain laisse apparaître bien souvent un traitement particulier voire bénéfique pour les lépreux, même si les crises ne sont pas inconnues. Ainsi si la plupart des villes disposent d’un seul établissement Toulouse en possède jusqu’à sept et certains noms de fondateurs nous sont parvenus.

 

Jack THOMAS
Gens de justice à Toulouse à la fin du XVII
e siècle

La capitation de 1695 est bien connue pour Toulouse. Son exploitation a donné lieu à plusieurs travaux de qualité qui ont permis de bien connaître la population toulousaine au lendemain d'une grande crise démographique (1693-1694). Dans cette communication, je propose d'isoler une partie importante de la population toulousaine de l'Ancien Régime -- les gens de justice et leurs dépendants -- afin d'effectuer à la fois une pesée de ce grand groupe et une analyse de ses structures familiales. Les données de la capitation sont croisées avec des informations sur l'accès aux offices, notamment pour les magistrats du parlement et les procureurs. De plus, j'explore la dimension spatiale des résidences qui montrent de fortes concentrations dans certains capitoulats et moulons ainsi que la proximité des gens de justice aux principaux lieux de travail que sont le parlement et la sénéchaussée.  Ces différentes analyses suggèrent que Toulouse présente des caractéristiques d'une ville fortement marquée par son rôle de capitale judiciaire dans le cadre d'une ville pré-industrielle.

Christine DOUSSET
Être marchande à Toulouse dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle

Les femmes tiennent une place très importante dans les activités marchandes des villes à l’époque moderne, tout particulièrement dans le commerce de détail. Mais leur présence est difficile à cerner car elles sont peu visibles dans les sources utilisées habituellement par les historiens. Cette communication tentera d’apporter un éclairage sur le rôle économique de ces femmes et leur place dans la société urbaine toulousaine dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, période pour laquelle on dispose d’une documentation lacunaire mais intéressante. Celle-ci permet d’entrevoir le rôle des nombreuses “ petites marchandes ” dans la vie de la cité ainsi que le parcours familial et professionnel de commerçantes aisées à travers quelques études de cas. 

 

Nicolas MARQUE
Résider dans le faubourg Saint-Etienne et ses alentours, de l'ouverture du canal du Midi à la chute du rempart
(fin XVII
e-début XIXe siècle)

A la fin du XVIIe siècle, le faubourg Saint-Etienne (qui commence à se développer entre le rempart proche de la cathédrale et le port Saint-Etienne sur le canal) est encore une marge peu développée et peuplée de ruraux déracinés vivant dans une situation très souvent précaire.
Au moment de la chute du rempart en 1830, cet espace est devenu le quartier des négociants en grains de Toulouse mais aussi celui des promenades (le Boulingrin et ses allées, les francs bords du canal et les actuelles allées Jean Jaurès) et de la place Dauphine (actuelle place Dupuy) où la Halle aux Grains s’installa par la suite.
L’objet de la communication sera de comprendre les processus et les étapes de cette mutation rapide (de la marginalité à la centralité en 150 ans !) qui a en grande partie renouvelé les résidents du faubourg Saint-Etienne et leur mode de vie.
Le propos s’organisera donc autour des quatre principaux instantanés que nous offrent les archives toulousaines (au travers des dénombrements et des cadastres qui souvent sont réalisés au même moment donc sont utiles à comparer) :
1680 : le temps de la marginalité, un faubourg de ruraux aux portes de la ville ?
- Au début du XVIIIe siècle : le faubourg du canal dans une ville qui tourne pourtant le dos à cet axe.
- Du milieu à la fin du XVIIIe siècle : l’espace des promenades et des loisirs qui attire des résidants plus aisés.
- 1830 : non plus un faubourg marginal mais un véritable quartier pourvu des services publics où s’installent notamment des négociants en grains.

Isabelle CAUBET
Population, famille et habitat en 1790

Il s’agit de faire un « zoom » démographique sur Toulouse en 1790, partant de la ville jusqu'à l'individu, en passant par les différentes sphères auxquelles il appartient : le capitoulat, la maison et la famille. Dans un premier temps, je ferai un état général de la population en 1790, sa répartition dans la ville, intra-muros et hors les murs. Puis je me placerai au niveau du capitoulat pour déterminer des densités de population et faire intervenir un critère social et économique compte tenu de l'identité démographique de chaque capitoulat.
Dans un troisième temps, grâce à mes relevés sur les contributions foncières de 1790, je descendrai à l'échelle de la maison et je déterminerai d'une part les structures de l'habitat dans la ville (à quoi ressemblaient les maisons, le nombre de corps de logis, d'étages) et leur peuplement (nombre de familles par maison). Enfin, je peux replacer chaque individu au sein de sa famille en évoquant les structures de ménages et les variantes qui existent selon l'appartenance sociale.

 

Jean-Claude SANGOÏ
Les mariages dans les proches campagnes toulousaines de 1737 à 1900

Le mariage est un événement démographique particulier situé à l'articulation du biologique et du social, "le plus social des événements démographiques" selon Jacques Dupâquier. Il crée le couple, unité de reproduction biologique mais aussi unité économique et sociale. Il matérialise l'union de deux individus et, plus encore, de deux maisons. Acte social central et principe autorégulateur des populations du passé, le mariage attire les regards croisés de l'histoire et de l'anthropologie. Il est soumis à des règles et à des déterminismes. C'est ce que montrent quatre mémoires de maîtrise soutenus dernièrement à l'Université de Toulouse-le Mirail et construits autour d'une même problématique : les villages proches de la grande ville qu'est Toulouse ont-ils eu sur le long terme (XVIIIe et XIXe siècles) une nuptialité caractéristique du monde rural ou bien une nuptialité influencée par le milieu urbain tout proche ? Ces recherches privilégient trois axes : les temps du mariage prenant en compte la répartition annuelle, saisonnière et hebdomadaire des unions; les âges; les champs du mariage qui posent les questions de l'homogamie sociale et de l'endogamie géographique.

Jean-Pierre AMALRIC
"Est-ce l'Espagne en toi... ?"
La présence espagnole à Toulouse au XX
e siècle

La question posée avec humour dans la fameuse chanson de Claude Nougaro n’est-elle qu’invention de poète ? Sans remonter plus haut, le caractère « espagnol » de Toulouse a été affirmé ou observé à maintes reprises au cours du XXe siècle, au point de constituer un des ingrédients de son identité stéréotypée.
Sans prétendre en dresser un inventaire exhaustif, l’occasion est propice pour recenser quelques-uns des éléments qui ont pu étayer ces représentations. Dans le cadre imparti, on proposera de retenir trois ordres de réalités, que les travaux existants et en cours n’ont encore éclairé que de façon inégale :
- les apports humains à la population toulousaine, en distinguant les vagues successives des flux migratoires, leur établissement plus ou moins définitif et leurs conditions de vie et d’intégration ;
- les temps forts des sensibilités à la présence espagnole de la part de la société toulousaine, eux-mêmes tributaires du contexte des événements et des mutations socio-politiques du pays voisin ;
- les lieux et les institutions qui ont pu contribuer à l’ancrage de cette présence espagnole, qu’ils aient eu un caractère officiel (le Consulat général…), qu’ils aient incarné une « autre Espagne » (les organisations de la diaspora républicaine) ou qu’ils procèdent d’initiatives plus ou moins spontanées…

pucePouvoirs et institutions
Coordonnateurs : René SOURIAC et Jacques POUMAREDE

 

Laurent MACE
Le clocher et le donjon.
Toulouse au reflet de ses sceaux (XIII
e siècle)

A partir de quatre empreintes de sceaux conservées aux Archives nationales, surgit lentement l’image sigillaire de la ville de Toulouse que les élites consulaires ont voulu produire au cours du XIIIe siècle. Réalités topographiques, juridiques et politiques transparaissent à travers l’adoption d’une représentation duelle : deux bâtiments emblématiques de la capitale comtale évoquent le bourg et la cité de Toulouse. Mais l’image ne peut rester séparée de la légende qui accompagne le sceau et du contexte même de l’histoire de la ville : chevaliers urbains et bourgeois marchands de Toulouse agissent et se pensent à travers une pratique du scellement qui est l’émanation d’une autorité capitulaire qui est loin d’exclure la tutelle des princes raimondins, ni celle qui appartient au domaine de la religion civique.

 

Jean CATALO
Topographie du pouvoir royal : le château narbonnais (XIII
e-XVe siècles)

A la fin du XIIIe siècle, l’intégration du comté de Toulouse au royaume de France a provoqué de nombreux bouleversements dans la cité toulousaine. L’installation du pouvoir royal, de ses représentants et de son administration, cause en particulier une transformation profonde du château Narbonnais, ancienne forteresse du pouvoir comtal. En une décennie, le château est agrandi pour répondre aux ambitions royales et conserver son rôle défensif sur l’entrée méridionale de la ville. Les fouilles archéologiques récentes menées par l’INRAP ont permis de découvrir une grande partie de son rempart et de son fossé. Elles dévoilent surtout la chronologie de ces aménagements et les repères topographiques qui mettent en perspective une documentation difficile à exploiter jusqu’ici. Une vision d’ensemble de la topographie générale de ce qui est appelé « le palais royal » à la fin du Moyen Âge est désormais envisageable. Cette première approche de la topographie du pouvoir royal au château Narbonnais de Toulouse est menée en relation étroite avec une perception plus globale de la topographie médiévale dans laquelle elle s’insère dans le cadre du programme collectif de recherche « Toulouse au Moyen Âge, topographie et archéologie ».

 

François BORDES
Les officiers municipaux de Toulouse au bas Moyen Âge

Si les institutions municipales de Toulouse ont fait l’objet de nombreuses études pour les XIIe et XIIIe siècles, il n’en est pas de même pour le bas Moyen Âge. C’est pourtant une période qui voit d’une part la cité devenir l’une des « bonnes villes » royales, et d’autre part l’activité de l’administration communale se développer de manière considérable. Les capitouls s’entourent alors de hauts conseillers qualifiés comme d’agents subalternes chargés de veiller à l’exécution de leurs décisions. S’agissant des premiers, de véritables carrières administratives se déroulent dans l’ombre du chapitre capitulaire. Une hiérarchie de ces offices peut aisément être établie grâce aux gages et aux présents reçus par les uns et les autres.

Pierre-Jean SOURIAC
Argent et pouvoir municipal à Toulouse au cours des guerres de Religion


Entre 1562 et 1596, Toulouse traversa les guerres de Religion françaises dans la mouvance des catholiques intransigeants. Suite à une tentative avortée de coup de main mené par les protestants en mai 1562, les hommes arrivés au pouvoir furent d'ardents défenseurs de l'Eglise romaine au point de faire le choix de la Ligue dès le règne d'Henri III. Cernée par Montauban, Castres ou le comté de Foix, autant de bastions protestants au rayonnement régional reconnu, la ville se considéra en état de siège permanent, en lutte pour son salut et celui du roi. Elle mit alors en œuvre une politique de mise en défense qui fit de la citadelle religieuse une place forte militaire impliquée dans la lutte partisane. C'est le financement de ces pratiques militaires que nous proposons d'aborder dans cette communication. Privées de soutiens extérieurs venus du souverain comme des partis, les provinces méridionales furent contraintes de financer avec leurs seules ressources les engagements pris pour la défense de leur cause, de subvenir elles-mêmes aux besoins d'un conflit qui ravageaient leurs contrées. L'argent devint alors un des enjeux majeurs de ces guerres civiles et la place dominante de Toulouse dans la hiérarchie urbaine et financière du royaume conféra à ses citadins investis du pouvoir municipal un rôle d'entrepreneurs de guerre auquel ils n'étaient pas a priori préparés. Financement des armées royales, financement des troupes locales et municipales, recours au crédit, avances des bourgeois ou expédients financiers de circonstance, il s'agit d'explorer les usages financiers alors en vigueur. L'objectif de cette analyse sera de comprendre comment une politique d'engagement partisan put être menée grâce à la mobilisation de l'appareil financier d'une des plus riches cités du royaume, comment ces guerriers de Dieu assurèrent l'entretien d'une partie des soldats des guerres de Religion.

 

Marie-Ange BOITEL-SOURIAC
La ville devant son roi :
soumission et autonomie urbaines dans le discours des édiles toulousains (août 1533)

L'espace d'une petite semaine, Toulouse fut en août 1533 capitale du royaume. François Ier accompagné de son train de serviteurs et hauts dignitaires de l'Etat, profitait d'un voyage à but diplomatique pour honorer la cité des capitouls d'une visite attendue depuis de nombreuses années. Drapée pour l'occasion de ses plus beaux atours, Toulouse vécut du 27 juillet au 5 août 1533 au rythme des entrées solennelles offertes successivement au gouverneur du Languedoc, au dauphin de France, au légat du Pape, au roi et à son épouse. Scandée par les temps forts de la présence royale dans les différents lieux du pouvoir urbain depuis le siège épiscopal jusqu'au consistoire en passant par la cour du Parlement et l'Université toulousaine, ce séjour de François Ier à Toulouse, fut, tant par les discours que par les présents qui lui furent offerts, tant par le cérémonial que par les ornements qui furent déployés dans l'espace urbain, le lieu de la mise en scène du pouvoir monarchique dans ses rapports avec les autorités provinciales, et ici plus particulièrement avec sa bonne ville de Toulouse. C'est donc la dimension éminemment politique que cette communication souhaiterait développer afin de déterminer, à travers l'évocation de cette visite royale, l'identité urbaine révélée dans le discours élaboré par les édiles urbains au souverain. Une analyse qui devrait permettre de caractériser les liens politiques, administratifs mais aussi symboliques qui unissaient Toulouse à son roi, tout en montrant combien cette visite de François Ier à Toulouse se voulait être dans l'esprit des capitouls la mémoire de référence des honneurs et discours que la ville devrait à l'avenir adresser au monarque.

Marie PERNY
L'invention d'un rituel urbain toulousain :
la ville de Toulouse et ses filleuls

De 1581 à 1779, on croise à 30 reprises dans les registres de délibération de la municipalité toulousaine la mention de baptêmes de fils de capitouls fait « au nom de la ville ». Cette pratique singulière et vraisemblablement propre à la ville de Toulouse n’est pas systématique, mais suffisamment récurrente sur ces deux siècles pour que l’historien s’y penche.
Le déroulement de la cérémonie, s’il connaît quelques variantes, se fixe rapidement : un capitoul offre son enfant nouveau-né à la ville pour être baptisé en corps de ville. Cette proposition est débattue lors d’un conseil de ville composé des capitouls et du conseil des Seize et systématiquement acceptée selon des motifs rarement évoqués (les délibérations font état laconiquement des qualités du père). On y fixe les détails de la cérémonie et le montant des dépenses. Le jour du baptême, les capitouls, ayant assemblé à l’Hôtel de Ville un certain nombre de bourgeois et de membres des conseils de la ville, partent en grande pompe en direction de l’église où la cérémonie se déroule. A la porte de l’église, ils revêtent leurs robes capitulaires et entrent dans l’église pour tenir l’enfant sur les fonds baptismaux. Après la cérémonie, les capitouls offrent à la mère de l’enfant une pièce d’or en guise d’étrenne, sur laquelle sont gravées les armes de la ville ainsi que celles des capitouls de l’année.
Ces cérémonies sont parfois le cadre de querelles touchant aux préséances ou aux finances et révèlent ainsi le fonctionnement et les mentalités des magistrats de l’hôtel de ville.
Cette pratique pourrait apparaître comme un rituel propre à un groupe social, celui de l’élite capitulaire toulousaine. Mais il doit également être compris comme un rituel dont les enjeux dépassent le seul groupe des édiles : c’est bien la Ville qui y est au cœur de la cérémonie. Les capitouls en corps de ville – et non en tant qu’individus – deviennent les parrains de l’enfant, la Ville en devenant la marraine. Lors de ces baptêmes, tout un réseau de parenté spirituelle se crée, notamment entre les membres de l’équipe capitulaire, mais aussi entre les capitouls des années précédentes. L’étude des prénoms imposés aux enfants est particulièrement intéressante. En effet, ces prénoms évoluent, allant de saints patrons locaux, comme Exupère, à des prénoms associant le roi et la ville – le plus fréquent : Louis Raymond ou encore l’éloquent Louis Toulouse. On peut également noter un certain parallélisme entre naissances princières et naissances capitulaires, parallélisme parfois souligné par les capitouls eux-mêmes : il n’est pas rare que l’année de naissance d’un prince voit à Toulouse la célébration d’un de ces baptêmes capitulaires.
C’est donc une réflexion sur une pratique au cœur de la vie capitulaire que je me propose de mener, une pratique à première vue anodine mais plus signifiante qu’il n’y paraît sur la vie politique toulousaine, la religion civique et les imaginaires politiques urbains de la France moderne.

 

Pierre VIDAL
Toulouse : centre de pouvoir de l'ordre de Malte
(XVII
e-XVIIIe siècles)

Après la suppression de l’Ordre du Temple, le concile de Vienne (1312) attribue les biens templiers aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Cette nouvelle situation contraint l’Hôpital à réaménager ses possessions. La Langue de Provence, qui couvre l’aire des parlers d’Oc – de l’Atlantique aux Alpes –, est alors divisée en deux grands prieurés : Saint-Gilles et Toulouse. Ce dernier décrit un vaste quadrilatère borné par l’Océan Atlantique, les Pyrénées et le Périgord. Toulouse s’insère désormais dans un système pyramidal dont le sommet se situe à Rhodes (jusqu’en 1522) puis à Malte (à partir de 1530) et dont la base est constituée d’environ 500 paroisses sur lesquelles les commandeurs exercent des pouvoirs composites. Aux Temps modernes et en particulier aux XVIIe et XVIIIe siècles – période où les sources sont les plus abondantes –, les institutions « maltaises » à Toulouse se sont adaptées à des domaines de gestion aussi divers que l’administration générale du grand prieuré, des fonctions fiscales, des missions d’inspection des commanderies, le contrôle du personnel. L’originalité de ce système réside dans la combinaison d’un pouvoir central, à Malte, autour du Grand Maître et de son « Sacré Conseil » et d’une relative décentralisation illustrée par la nomination d’un personnel compétent permettant la gestion des possessions au plus près des vassaux de l’Ordre et une prise de décision rapide en pleine connaissance des contraintes des territoires administrés.

Ludovic AZEMA
Le parlement de Toulouse et le gallicanisme sous Louis XV

Le parlement de Toulouse est le second parlement du Royaume tant par son ancienneté que par l’étendue de son ressort. Dès lors, étudier ses rapports avec la matière religieuse et en particulier le gallicanisme paraît essentiel pour comprendre le rôle de la cour souveraine du Languedoc dans ce que certains auteurs n’hésitent pas à qualifier comme « origines religieuses de la Révolution Française ». Les problèmes autour du gallicanisme sont en effet multiples. Plusieurs conceptions du gallicanisme vont entrer en concurrence sous le règne de Louis XV : parlementaire, royal ou ecclésiastique. Aussi, le parlement, au nom de la défense des libertés de l’église gallicane, va souvent bien plus loin que ne le souhaite le Roi lui-même en remettant en cause l’édit de 1695 qui garantissait des compétences minimales aux évêques. La cour modifie alors les frontières mouvantes entre le pouvoir temporel et spirituel. Toutes ces questions se posent notamment à travers des conflits aux conséquences lourdes pour le pouvoir royal. Ces conflits traversent le siècle et contribuent à une contestation de l’absolutisme et à une désacralisation de l’autorité du Roi. Difficile en effet d’éluder les évènements liés à la question janséniste et à la suppression de l’ordre des jésuites. Comment se situe le parlement par rapport à la constitution Unigenitus de 1713 que certains évêques considèrent comme un règle de foi et comme devant être acceptée par tous les fidèles. La cour toulousaine est-elle janséniste ou défend-elle simplement les libertés de l’église de France ? Les difficultés atteindront un point culminant avec la suppression des jésuites du ressort.

 

Jean-Claude MEYER
Les rapports de l'évêque métropolitain du Sud Hyacinthe Sermet
avec les autorités révolutionnaires toulousaines

Esprit ouvert à la modernité, il apparaît particulièrement représentatif des évêques constitutionnels dont les écrits constituent une littérature encore mal connue. Un important corpus de sources inédites (discours en occitan et Instructions pastorales, de 1790 à 1801) permet de comprendre son engagement civique et le prestige qu’il avait au sein de l’épiscopat constitutionnel.
Quelles influences jouèrent sur Sermet ? Il connaissait l’œuvre de Tournély mais, influencé par l’Esprit de Gerson, il adhéra aux positions extrêmes du gallicanisme politique. Comme il participait à l’engouement pour le « mythe » de l’âge d’or du christianisme primitif, il vit dans les idéaux de 1789 la réalisation des prescriptions évangéliques.
Il devint incompris par les autorités qu’il avait contribué à mettre en place quand il voulut défendre les prérogatives de l’épiscopat. Révolutionnaire modéré, il aurait pu subir le sort des girondins. Affaibli par la détention, Sermet manqua alors de courage et déclara avoir abdiqué ses fonctions. Cependant, rendu à la liberté, il les reprit dès qu’il le put. Abandonné par les autorités civiles, il continua  cependant de s’en affirmer un partisan zélé. En ayant voulu justifier le vandalisme révolutionnaire, il s’aliéna une grande partie de la population de la Haute-Garonne.

Françoise PETIT-LOURDOU
Une révolte urbaine sous la Monarchie de Juillet

Le 14 juin le conseil municipal de Toulouse interpelle les autorités au sujet d’une circulaire du ministère des finances que le maire de Perpessac juge illégale. Le 28 juin 1841, au théâtre du Capitole un incident « mal géré » provoque les remontrances de la direction de la police générale du ministère de l ‘intérieur.
Le maire demande au préfet d’obtenir la suspension des visites domiciliaires, refusées par ses concitoyens, afin de calmer les esprits. Le ministre révoque le préfet Floret ; son successeur Mahul arrive à Toulouse le 5 juillet ; il est accueilli à coup de pierres…
Les 8, 9 et 10 juillet des rassemblements  et même des barricades manifestent la colère des Toulousains, le régiment des chasseurs de Vincennes charge, quarante-cinq personnes sont arrêtées.
Dans la nuit du 12 au 13 juillet, on déplore un mort et des blessés, la foule force les portes de la maison d’arrêt pour libérer les prisonniers. Le conseil municipal démissionne ; un préfet provisoire est chargé du maintien de l’ordre (du 14 au 19 juillet) remplacé le 19 par un commissaire extraordinaire Maurice Duval qui restera en poste jusqu’en avril 1842, des troupes encerclent Toulouse durant toute cette période.
Cet épisode de l’histoire de Toulouse manifeste-t-il seulement des conflits de pouvoir entre les autorités locales et les représentants de l’Etat ?

Rémy PECH
Toulouse et la révolte des vignerons du Midi (1907)

Les quotidiens toulousains (l’Express du Midi, le Télégramme et surtout La Dépêche de Toulouse) étaient diffusés dans le département de l’Aude au début du siècle dernier. Cela suffirait à expliquer la « couverture » dont les événements du printemps 1907 ont bénéficié, mais le fait que les trois principaux dirigeants de La Dépêche (Huc, Albert et Maurice Sarraut) étaient Audois et pour les deux frères implantés politiquement à Carcassonne et Lézignan, s’ajoute à la présence active d’Albert Sarraut, jusqu’à sa démission le 18 juin, au sein du gouvernement, pour expliquer la mobilisation des journalistes de tous bords.
Les deux quotidiens de droite soutiennent délibérément le mouvement et alimentent la campagne anti-Clémenceau, surtout après le déclenchement de la répression.
La Dépêche, très présente dans l’Aude à travers ses correspondants locaux, soutient le mouvement jusqu’en juin. Il faut évoquer la manifestation de Lézignan le 28 avril, orchestrée par le comité d’Argelliers avec l’entier appui du maire Castel, lieutenant de Sarraut.
Les propriétaires absentéistes toulousains, nombreux dans l’Aude et le Biterrois, sont présents dans les manifestations avec leurs ouvriers. Le commerce toulousain, les étudiants, manifestent leur solidarité, surtout le 26 mai à Carcassonne où une foule de 280 000 personnes écoute Marcelin Albert et Ferroul prononcer leurs « discours cathares » en esquissant un parallèle entre la Croisade contre les Albigeois et la situation politique du moment. Ferroul cite le troubadour pleurant Tolosa e Provença, e la Terra d’Argença. Deux municipalités viticoles (Saubens et Longages) participent aux démissions après le 10 juin. Sans démissionner, la municipalité socialiste toulousaine manifeste ostensiblement sa solidarité, et le 28 juin à la Chambre, Albert Bedouce est choisi par la SFIO pour prononcer contre Clémenceau un sévère réquisitoire. Malgré son éloignement relatif, la capitale historique du Languedoc a donc été largement impliquée dans ce conflit majeur pour l’histoire du Midi occitan et celle de la viticulture française.

Audrey CHOTEAU
1971 : Pierre Baudis et le basculement du Capitole

En effet, en mars 1971, la campagne électorale toulousaine est sur le devant de la scène nationale. Pour la première fois depuis soixante ans, les socialistes risquent de perdre le Capitole. L'enjeu est de taille, si Toulouse, capitale du Midi rose, tombe aux mains de ses adversaires, elle risque de faire basculer les autres villes de la région.
Malgré le soutien de la Dépêche pour le maire sortant Louis Bazerque, les résultats du premier scrutin sont sans appel: les thèmes abordés par la liste de Pierre Baudis, "Toulouse pour tous", ont séduit l'électorat toulousain. Le ralliement en catastrophe des communistes à la liste de Bazerque, porte le candidat centriste à la victoire. Depuis lors, la gauche n'a pas su reconquérir la mairie, victime du paradoxe politique toulousain.

 

Jacques POUMAREDE
Toulouse, capitale régionale

Les véritables inventeurs du concept de « région » furent, en France, les géographes de l’Ecole vidalienne. Ce sont eux qui ont émis l’idée que la région se constitue par la polarisation des territoires autour d’une métropole urbaine. Toulouse en fournit une parfaite illustration comme l’affirme dès 1910 le chef de file de cette école, Vidal de la Blache, dans une étude de la Revue de Paris. La communication propose un parcours historique à travers les diverses configurations institutionnelles mises en œuvre depuis la Première Guerre mondiale. Ce furent, d’abord, le regroupement de chambres de commerce dans la IXe Région économique dite « de Toulouse et des Pyrénées », instituée en 1917 par le ministre Clémentel et érigée en 1938 en établissement public, puis pendant la Deuxième Guerre, les expériences idéologiquement opposées mais technocratiquement convergentes de la « Province de Toulouse » du préfet vichyssois Cheneaux de Leyritz, d’une part, et du Conseil régional économique créé par le commissaire de la République, Pierre Bertaux, d’autre part. On suivra ensuite la laborieuse gestation du fait régional toulousain sous la IVe et la Ve République, en évoquant le rôle de quelques personnalités éminentes : le préfet Pelletier et l’IGAMIE, puis le sénateur Bonnefous et le Comité régional d’expansion économique de 1961, la CODER présidée par Maurice Faure à partir de 1965 et la mise en place en 1972 de l’EPR Midi-Pyrénées sous la houlette d’Alain Savary, prélude à l’assemblée régionale actuelle issue des lois de décentralisation de 1982-1984.

 

puceActivités et échanges
Coordonnateurs : Jean-Marc OLIVIER et Georges HANNE

 

Francis BRUMONT
Cinquante ans après : le pastel de Gilles Caster et sa postérité

La publication, en 1961, de la thèse de Gilles caster marque un tournant essentiel ans l’histoire du pastel, la faisant entrer dans l’ère scientifique ; mais, c’était une histoire exclusivement toulousaine, élaborée à partir de la documentation toulousaine. Or, depuis cette date, des travaux ont été menés, à partir des données des lieux de destination du colorant toulousain : les Pays-Bas, l’Espagne et des centres de transit, comme Bordeaux. Ces études modifient sur certains points la vision de Gilles Caster, notamment en ce qui concerne la chronologie du développement international du commerce de notre colorant, avançant de quelques décennies le grand essor de ce commerce et retardant de quelques années sa crise. Les études ont également porté sur les grands acteurs de ce commerce, les Bernuy, les Assézat et bientôt les Cheverry.

 

Vincent GENEVIEVE
Un lot de 95 monnaies des XVI
e-XVIIe siècles découvertes sur le site du Palais de Justice de Toulouse

Ce lot de 95 monnaies XVIe-XVIIe siècles a été découvert au cours des récentes fouilles archéologiques effectuées sur le site du Palais de Justice de Toulouse, à l’emplacement du Château Narbonnais. Les monnaies étaient dispersées sur une épaisseur d’un mètre dans le comblement de latrines modernes. Aucun contenant ne leur était associé, mais la quantité et l’homogénéité du lot permettent d’envisager l’identification d’un trésor. La comparaison de cet ensemble avec celles d’autres trésors et de plusieurs lots de sites régionaux permet de mieux cerner la circulation monétaire à Toulouse dans la première moitié du XVIIe siècle.

Jean-Michel LASSURE
Céramiques importées à Toulouse de la seconde moitié du XVI
e au XIXe siècle

Les interventions archéologiques, préventives ou non, effectuées à Toulouse au cours des cinquante dernières années ont révélé la forte pénétration  du marché local par les céramiques venant de l'extérieur entre la seconde moitié du XVIe et le XIXe siècle. Il s'agit la plus souvent de vaisselle à décor peint sous glaçure contrastant par sa qualité avec celle produite par les potiers installés dans l'agglomération et sa périphérie. L"origine de ces céramiques importées est diverse :
- le Sud-Ouest avec les productions de Cox (31) qui pendant presque toute cette période  occupent une place prépondérante face à la relative rareté de celles de Giroussens (81  ou de Cassagne (31);
- le Languedoc dont les ateliers de Saint-Quentin-la-Poterie et de Meynes (30) expédient aux XVIIe et XVIIIe siècles des poteries à usage culinaire et de table, ceux d'Anduze des poteries horticoles;
- la Toscane d'où proviennent des majoliques au XVIIe siècle;
- la Ligurie d'où arrivent, au  cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle de la faïence blanche et grise à décor bleu et la céramique à glaçure brune et décor manganèse d'Albisola.
D'autres céramiques également italiennes pour certaines mais dont le lieu de fabrication reste à préciser sont à ajouter à ces importations.


Patrice POUJADE
Toulouse et le commerce pyrénéen à l'époque moderne.
Quelques pistes à travers le haut Pays de Foix


Le rôle de carrefour commercial que l’on reconnaît à la Toulouse moderne, au cœur d’un espace reliant l’Atlantique à la Méditerranée et le Massif Central à la péninsule Ibérique, ne peut s’exercer qu’en relation avec les Pyrénées, passage obligé des échanges entre la capitale du Haut-Languedoc, la Catalogne et l’Aragon. Le chemin le plus direct – par le col du Puymorens – emprunte la vallée de l’Ariège et le Pays de Foix qui abritent, avec Tarascon et Ax, deux « places » dont les marchands vivent, dans une large mesure, du commerce transpyrénéen.
Cette communication se propose d’étudier, de façon décentrée, le rôle de Toulouse et de ses marchands dans le commerce vers et à travers les Pyrénées. En effet, ce n’est pas, prioritairement, de Toulouse même que l’action de ses marchands sera observée mais depuis les petites villes de la montagne fuxéenne où nous pourrons examiner, d’abord, les traces qu’ils ont laissées dans la documentation, les relations qu’ils entretiennent avec les marchands locaux – sans doute de bien moindre envergure qu’eux –, les produits auxquels ils s’intéressent, en un mot, les réseaux auxquels ils participent et qu’ils animent. En outre, il faudra s’interroger sur la place de Toulouse elle-même dans l’activité des marchands pyrénéens, c’est-à-dire son influence sur un pan de la vie économique des Pyrénées modernes qui passe, par exemple, par la fonction de Toulouse comme débouché, comme lieu d’approvisionnement ou de formation professionnelle

 

Jean-Michel MINOVEZ
Garonne et Canal du Languedoc : l'importance de la voie d'eau

La Garonne a représenté un axe de communication essentiel jusqu’au XIXe siècle. Le cours supérieur trouvait son débouché naturel à Toulouse. La mise en exploitation du canal du Languedoc a laissé espérer une dynamisation de son trafic. Mais les difficultés rencontrées dans les débuts de l’exploitation du canal, les problèmes de navigabilité de la Garonne, les ruptures de charges, ont limité les effets attendus des voies d’eau pour Toulouse. Les pouvoirs publics ont cependant tenté au cours du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle de remédier aux difficultés : pour cela, elles ont programmé de nombreux travaux d’amélioration lourds et coûteux que l’exploitation des archives inédites du canal des deux mers nous permet de mieux connaître. Ils restent toutefois incomplets et trop tardifs puisque les dernières réalisations entrent en concurrence directe avec le chemin de fer à partir du milieu du XIXe siècle.

 

Georges HANNE
L'industrie et ses catégories à Toulouse au début du XIX
e siècle


La pratique administrative des enquêtes industrielles se développe à Toulouse au début du XIXe siècle. Celles-ci nous donnent des informations sur la nature des activités représentées dans l’ancienne capitale languedocienne, sur la localisation des établissements et leur nombre dans les différentes branches, sur les effectifs respectifs de main-d’œuvre, sur les volumes produits ou encore sur l’identité des fabricants. Mais ces documents expriment aussi une vision de l’industrie à travers la nature des rubriques retenues ou par le champ d’application des termes de référence (fabrique, manufacture, industriel, etc.) dont les limites méritent d’être interrogées, notamment à la lumière d’autres sources comme les recensements. Ni traque des inexactitudes d’une documentation que l’historien chercherait à prendre en défaut, ni déni relativiste adressée à l’entreprise historienne de connaissance des réalités du passé, cette approche accorde la même valeur aux catégories qu’aux objets qu’elles permettent de décrire. Ainsi, l’économie toulousaine de la Restauration apparaît indissociable des représentations qu’en avaient les contemporains et celles-ci ont en tout cas plus à nous dire sur les dynamiques d’une société urbaine en mutation dans la première moitié du XIXe siècle que l’image de la cité assoupie forgée a posteriori.

 

Jean CANTELAUBE
Toulouse, ville pionnière d'une industrie nouvelle.
Les débuts et la réussite de l'usine à faux du Bazacle (1814-années 1840)

L’Histoire de Toulouse comme la Nouvelle histoire de Toulouse donnent, toutes deux, une analyse identique de la création et de l’essor de l’aciérie, usine à faux et limes du Bazacle. Il est pourtant nécessaire de reprendre ce dossier en utilisant différentes échelles d’observation : locale, bien sûr (pourquoi Toulouse ?), mais aussi régionale et nationale. Cet établissement a joué un rôle pionnier dans l’installation et la réussite de nouvelles branches d’activités en France, l’industrie de l’acier cémenté, des faux et des limes. Ainsi, dans la première moitié du XIXe siècle, l’alliance entre les capitaux de la bourgeoisie commerçante toulousaine, de sa culture et de son esprit d’entreprise, et le savoir-faire de techniciens « allemands », exploitant les qualités des fers à la catalane de l’Ariège, a fait naître, en 1815, une fabrique qui « a piqué l’émulation », c’est-à-dire a donné « le signal » d’une industrie « qui aujourd’hui [1843] est la première du sud-ouest de la France ». Elle a donc été imitée dans le Languedoc et les Pyrénées, mais aussi en France, grâce à des hommes, financiers, gestionnaires ou ouvriers, qui ont participé à la construction et à la croissance de l’entreprise toulousaine. Dépassant le cadre régional, elle travaille pour un marché national et même international. Cette relecture de l’histoire de l’usine du Bazacle, succès industriel célébré par les contemporains, ne révolutionne pas les interprétations de l’historiographie toulousaine, elle les nuance et les complexifie.

 

Marie-France LECUIR
Briquetiers toulousains au XIX
e siècle

Ils ont fait la ville rose et pourtant on ne sait rien d’eux.
Héritière des techniques romaines, la tuile toulousaine proposait des formats originaux : la « tuile foraine » pour les murs, et pour les toitures, la « tuile à canal ». Les tuiliers de l’Ancien Régime n’étaient pas constitués en corporation, mais leur production était réglementée par les Capitouls. Au XIXe siècle, qui étaient les briquetiers de Toulouse ? Comment travaillaient-ils ? Qui employaient-ils ? Où étaient situées les briqueteries ? Comment  l’atelier familial saisonnier s’est-il transformé en entreprise ?
Les sources parvenues jusqu’à nous sont rares et peu bavardes. Les rapports des préfets, les statistiques industrielles, les dossiers d’enquête commodo et incommodo, quoique fort incomplets, permettent cependant d’esquisser des réponses et de lancer des pistes de recherche sur l’évolution de la profession au cours du XIXe siècle.

 

Jean-Marc OLIVIER
Les patrons toulousains sous le Second Empire :
médiocrité ou méconnaissance ?

À Toulouse, entre 1850 et 1870, point de maître de forges ou de grand entrepreneur textile, encore moins d'usine géante ; et si quelques grands capitaines d'industrie croisent le destin de la ville rose, en particulier les Pereire et les Talabot, ils ne s'y installent pas. Quant aux natifs, les historiens dressent plus facilement le constat de leur médiocrité que celui de leurs succès.
Qu'en est-il réellement ? Seule une étude sociale fine et prosopographique peut répondre à cette question en abandonnant le référentiel habituel de la grande usine à l'anglaise. On produit et on invente beaucoup à Toulouse grâce à un vivier de patrons, souvent issus du négoce, qui s'activent dans des secteurs mal connus comme la mode (chapellerie, chemiserie et chaussures), les métiers d'art (décors en terre cuite, vitraux), les outils agricoles ou encore la carrosserie et la mécanique.
Quelques-uns passent à la postérité, comme Louis Victor Gesta, Edmond de Planet ou Auguste Virebent, mais le carrossier Henri Mercier, le chemisier Flandin ou le fabricant de chaussures Achille Roquemartine connaissent des réussites industrielles tout aussi brillantes. S'appuyant sur de solides savoir-faire et organisant habilement le travail dans la ville, ils participent à la prospérité toulousaine qui fait bondir la population de 93 000 habitants en 1851 à près de 150 000 en 1886.

 

Jérôme BONHÔTE
L'industrialisation méconnue de l'écluse de Lalande sur le canal latéral à la Garonne
à Toulouse (vers 1850-vers1990)

Avec la construction et l’ouverture à la navigation du canal latéral à la Garonne en 1856, la Compagnie des Chemins de Fer du Midi et du Canal Latéral à la Garonne conçoit dès l’origine d’aménager les écluses de dérivation pour exploiter l’importante énergie hydraulique disponible, 7000 litres par seconde, à des fins industrielles. Cette libération d’une nouvelle force hydraulique sur Toulouse ne laisse pas indifférents de nombreux industriels toujours à la recherche d’une force motrice plus importante. Deux activités industrielles s’installent très vite : la briqueterie-tuilerie de Bertrand Galinié, inventeur d’une machine à tailles les briques brevetée qu’il fera tourner avec une turbine et qui exploitera les vases du canal pour la fabrication des briques et l’usine métallurgique de cuivre et de plomb des frères Mather, la plus importante du Midi avec ses martinets, laminoir et fonderie. Pour des raisons diverses ces deux activités quitteront les deux grands secteurs industriels traditionnels de Toulouse : respectivement le Bazacle avec le canalet et le Château narbonnais avec la Garonnette. Cette activité industrielle se maintiendra sous d’autres formes jusque dans les années 1990.

Guy JALABERT et Jean-Marc ZULIANI
Un demi-siècle de développement industriel à Toulouse
des années 1950 aux années 2000


Comment Toulouse, traitée de capitale provinciale ("un gros village") durant les années 1950, est-elle devenue en 2006 l’aire urbaine (plus d’un million d¹habitants) dotée de trois pôles de compétitivité, après avoir été tour à tour qualifiée de métropole régionale d’équilibre dans les années 1960-1970, puis de technopole durant les années 80 ? Aérospatiale, industrie-arsenal, se félicitait de produire 240 "Caravelle" dans les années 1960-1970, au début 2007 est livré le 3000° Airbus "A320" dans le nouveau centre de livraison de Colomiers. Or, l’aéronautique connaît subitement des difficultés (retard de l’avion A380) et une crise de croissance et de réorganisation, sur fond de rivalités européennes au sein du consortium et holding financier EADS, et d’nternationalisation des marchés et des productions qui insère Toulouse dans le jeu de la mondialisation. Quelles décisions ont été prises dans le cadre du plan Power 8, tant pour Airbus que ses principaux partenaires, Latécoère, Thalès, Safran et ses 500 sous-traitants locaux ? Que sont devenus les secteurs traditionnels, les nombreuses PME/PMI des années 50 et  des manufactures militaires héritées de l’avant-guerre, ou du secteur chimique après l’explosion d’AZF en 2002 ? Où en est le secteur spatial  et celui de l’électronique, Siemens, Motorola, Actia ? Comment se sont développés appareils de formation, de R&D, multiples sociétés de services : d’informatique, de conseil, d’ingénierie, constituant un des premiers ensembles locaux de compétences en France ? On s’efforcera de démêler à travers trois séquences chronologiques, les années 1950-1970, les décennies 1970-1980, enfin les années 1990 à 2007, les facteurs complexes et les jeux multiples d’acteurs qui expliquent les mutations de l’appareil productif toulousain.

 

Pierre-Yves PECHOUX
Rétrospective sur quelques perspectives formulées à propos de la dynamique toulousaine

On analyse la présentation de Toulouse, ville provinciale d’avenir en Europe, telle que faire par John Ardagh, A tale of five cities…, Londres, Secker & Warburg, 1979, en la situant d’abord par rapport à Notes & Études documentaires, n° 3262, Paris, 1966, puis en la comparant à quelques comptes-rendus plus récents relatifs à l’évolution des activités et des fonctions de l’agglomération majeure de la région Midi-Pyrénées et du Sud-Ouest en France, jusqu’à celui de Sophie Pedder, « The art of the impossible », The Economist, oct. 2006.

 

puceReligion et croyances
Coordonnateur : Jean-Pierre ALBERT


Didier PAYA
Fonctionnement et hiérarchie sociale dans les cimetières enclos toulousains,
l'exemple de Saint-Michel (XII
e-XVe siècle)

La fouille archéologique de l’ancien cimetière Saint-Michel a permis, outre la découverte de près de 800 tombes, d’obtenir un regard nouveau sur l’organisation et le « recrutement » des cimetières toulousains. Cette communication se penche sur la construction d’une clôture constituée de caveaux à la fin du XIIe siècle. Prévus pour des défunts privilégiés, ils nous permettent d’assister aux premiers signes d’une hiérarchisation au sein d’une aire funéraire qui jusqu’à ce moment ne comportait aucun bâtiment. Ce mouvement architectural se retrouve dans d’autres cimetières de la ville médiévale. Il préfigure un découpage interne aux zones d’inhumation précédant « l’ouverture » des bâtiments religieux et la recherche d’une place de choix dans la quête des suffrages.

 

Georges PASSERAT
Les Pastoureaux vus par les historiens toulousains

L'épisode tragique du massacre des Juifs par les Pastoureaux, qui envahirent les rues du quartier juif, n'a trouvé qu'un faible écho dans les histoires récentes de Toulouse. Tout au contraire, les historiens romantiques du XIXe siècle n'ont pas manqué de noircir le tableau en présentant les Juifs sous un air sinistre. Du silence surprenant de Philippe Wolff, spécialiste de l'automne du Moyen Âge, à la prolixité de Henri Ramet, cette rétropective remontera jusquà l'époque des fondateurs : Guillaume Catel, Germain Lafaille et Nicolas Bertrand. Tous ces récits sont tributaires de la chronique fameuse de l'inquisiteur toulousain Bernard Gui qui avait inspiré le tableau pourtant assez complet brossé par les bénédictins de l'Histoire Générale de Languedoc.  La publication du récit de Baruch le Teutonique, due à Jean Duvernoy, a restitué toute l'importance de ce triste dimanche 15 juin 1320, à retenir désormais comme une date fatidique de l'histoire de Toulouse.

 

Cyrille DOUNOT
Academia Mariana - La Vierge Marie et l'Université de Toulouse

Depuis sa fondation, l’Université de Toulouse a toujours montré son attachement particulier à la Sainte Mère de Dieu. Que ce soit par les fondations de messe en son honneur (tous les samedis), privilégiées par le pape Clément V, ou par les processions publiques devant sa statue, l’Académie s’est vraiment montrée mariale, jusqu’à obtenir ce titre d’Academia Mariana (d’après le dominicain toulousain Percin). Par les nombreuses fêtes liturgiques auxquelles elle s’associait (Purification, Assomption, Nativité…) ou par ses différents sceaux, par son image gravée sur les thèses qui s’y soutinrent ou par les dédicaces des prétendants à une chaire, par les suppliques d’un de ses recteurs adressées au Pape Innocent XI de proclamer le dogme de l’Immaculée Conception ou encore par les serments prêtés par les étudiants d’hyperdulie mariale, l’Université de Toulouse offrait sous l’Ancien Régime le visage d’une institution toute consacrée à la Très Sainte Vierge Marie. Ces nombreuses traditions ne sont pas toutes mortes, et certaines dévotions traversèrent les siècles jusqu’aujourd’hui.

 

Eckart BIRNSTIEL
Les Saint-Barthélemy à Toulouse et dans le Haut-Languedoc

Les pogromes de la Saint-Barthélemy, qui ravagèrent Paris entre le 24 et le 26 août 1572, se prolongèrent en province. Dans le Haute-Languedoc, la chasse aux protestants se termina par des carnages à Toulouse (4 octobre), Gaillac (5 octobre), Rabastens (5-6 octobre) et Albi (6 octobre). Dans la seule ville de Toulouse, dont le massacre joua alors un rôle de détonateur, près de 200 protestants furent tués.
Les événements parisiens peuvent être expliqués comme ayant été la suite d’une épuration de fureur populaire, échappant finalement au contrôle des autorités : les violences anti-protestantes en province cependant, préméditées et parfois concertées par les autorités, répondirent à d’autres logiques. Le cas de Toulouse, et dans une moindre mesure celui de Gaillac, révèle des enjeux politiques visant à éliminer les protestants des rouages de la justice et de l’administration citadine, tandis qu’à Albi ce furent apparemment des considérations économiques et financières qui dictèrent les actions ; à Rabastens enfin, il semble que des particuliers aient réglé des comptes personnels.
Ainsi, à Toulouse et dans le Haute-Languedoc, le facteur religieux semble avoir été absent des Saint-Bathélemy locales.

 


Sandra LA ROCCA
La Congrégation des Filles de l'Enfance
Le Port Royal toulousain ?


C’est en 1662 que madame de Mondonville et l’abbé de Ciron fondent la Congrégation des Filles de l’Enfance à Toulouse. Cette congrégation s’inscrit dans la vague de créations d’instituts charitables voués à l’instruction des enfants au XVIIe siècle en France. Elle intègre également la spiritualité de l’Enfance en vogue à l’époque. Le succès est immédiat. Mais, par bien des aspects, cette congrégation pieuse échappe à l’Institution. Madame de Mondonville préserve son indépendance en stipulant dans un des articles des Constitutions que la congrégation ne sera pas soumise à l’évêque diocésain. Les mêmes Constitutions concèdent une autorité sans borne à Madame de Mondonville et demandent une « entière soumission » des filles à sa volonté. C’est elle-même qui les confesse à leur arrivée. Des « anomalies » sont constatées : les filles ne communient pas ; la confession n’est pas obligatoire ; elles doivent garder le secret sur ce qui se passe à l’intérieur de la congrégation. Les langues se délient néanmoins et madame de Mondonville est accusée de tyranniser ses filles. Suspectée de jansénisme, la Congrégation sera violemment démantelée par ordre du roi Louis XIV en 1686.

 

Paul PISTRE
La Franc-Maçonnerie, pilier de la vie toulousaine

Ce titre, provocateur, attire l’attention sur un fait caché – sinon tabou -, mais bien réel. Depuis 250 ans, avec une continuité évidente, les loges ont été vivantes dans la ville rose et ont joué un rôle important, politique, associatif et culturel.
Au XVIIIe siècle, ici comme ailleurs, prospère l’Art Royal. Michel Taillefer, en pionnier, a étudié minutieusement la période. La F.M. est alors loyalement monarchiste et dévotement catholique. Exception tardive, après 1787, une loge « philosophe », l’Encyclopédique.
Partout en France, la Révolution stoppe la vie maçonnique. Toulouse fait exception, avec ses ateliers hardiment révolutionnaires.
Résurrection, avec Napoléon, mais inféodation et ultra-bonapartisme. Période peu étudiée.
Naufrage après 1814-1815. Redressement avec opportunisme fréquent. « La Sagesse » fournit un bon exemple. Du Mège sauve le patrimoine roman. Cazeneuve devient un prestidigitateur de réputation internationale.
Peu avant 1848, évolution libérale avec l’avocat Henri Joly. Ensuite, quelques esprits avancés : Charles de Fitte, Armand Duportal.
Avec la IIIe République, « triomphe temporel de la F.M. », symbiose réussie avec le radicalisme, illustré par La Dépêche, d’Arthur Huc à la famille Baylet. Un ministre, Constans. Série ininterrompue de maires maçons, tantôt radicaux – Ournac, Honoré Serres, Jean Rieux, Paul Feuga -, tantôt socialistes – Albert Bedouce, Etienne Billières, Jules Julien, Ellen Prévot. Et un colonisateur, Frédéric Estèbe, tous noms familiers de la voirie toulousaine.
Au XXe siècle, effectifs records des loges, mais éclatement en multiples obédiences : fin du monopole du Grand Orient. Aux trois temples toulousains s’ajoutent, fait nouveau, ceux de la banlieue.
La multiplication des obédiences accentue les divergences idéologiques internes. La F.M. se différencie de la Libre Pensée. A l’occasion, dialogues avec les catholiques.
Couverte par la discrétion habituelle, la F.M. n’est nulle part, mais les francs-maçons partout.

 

Germain SICARD
Les Républicains contre les écoles congréganistes de Toulouse

Conformément au fameux cri de guerre de Gambetta : « Le cléricalisme voilà l’ennemi » hostile à l’encontre du catholicisme et particulièrement des enseignements catholiques constitue le ciment des majorités de gauche à partir de 1876-1877.
Jules Ferry entend d’abord anéantir les nombreux collèges tenus par les jésuites qui forment une élite jugée hostile à la République. Un décret du 29 mars 1880 décide la suppression des « prétendus jésuites » et par voie de conséquences la fermeture de leurs écoles. En application le fameux collège du Caousou qui avait tenté de se maintenir se ferme après diverses péripéties.
Ultérieurement, sous le ministère Combes vient le tour d’être supprimé pour les frères des écoles chrétiennes qui étaient autorisées depuis Napoléon 1er, notamment le pensionnat Saint-Joseph sera fermé. Les frères se réfugient à Leze en Espagne.
L’un et l’autre établissement rouvriront par la suite.

 

Marie-Thérèse DUFFAU
Un foyer de rayonnement de l'intelligence catholique :
l'Institut catholique de Toulouse sous le rectorat de Bruno de Solages


L’Institut catholique de Toulouse ouvert à la fin du XIXe siècle connaît un essor particulièrement important sous le rectorat de Bruno de Solages, de 1932 à 1964. Appelé à la tête de l’établissement par l’archevêque Jules-Géraud Saliège dont il partage l’intérêt pour la pensée sociale de l’Eglise et l’Action catholique, ce théologien entreprend des travaux pour agrandir l’établissement (au cours desquels est découvert le rempart gallo-romain) et ouvrir un séminaire.
Dès les années 30, alerté par son cousin René de Naurois, le recteur s’oppose aux régimes totalitaires et fait de son établissement un lieu d’accueil et de refuge pour leurs opposants. Pendant les années noires, certains sont cachés à l’Institut catholique, travaillent à la bibliothèque (comme Julien Benda, V. Jankélévitch et Clara Malraux) ou comme employés, d’autres suivent les cours. Arrêté avec d’autres notables de la ville le 9 juin 1944, il est «déporté d’honneur» à Neuengamme.
Les recherches (en histoire, géologie, sciences physiques, liturgie…) des autres professeurs de l’établissement aussi bien que leurs activités sont reconnues. A la Libération, lors du «rassemblement populaire chrétien» place du Capitole, un professeur de l’établissement représente l’Eglise de Toulouse.
Solages a introduit à Toulouse la pensée de son ami Pierre Teilhard de Chardin (qui vient à sa demande à Toulouse en 1939 pour donner des conférences) et en présente le premier exposé public. A la Société toulousaine de philosophie, à l’Académie des Jeux Floraux, il présente également ses idées.
A son retour de déportation, le recteur reprend ses activités, s’engage dans des débats théologiques, et continue de donner son orientation à l’établissement.

Mohammed Habib SAMRAKANDI
Espaces cultuels musulmans à Toulouse et les environs :
symboles de la genèse d'un islam français ?

Les chercheurs sont unanimes pour considérer que la Grande Mosquée de Paris est une institution française destinée à manifester que la France de la IIIe République est « une  grande puissance musulmane ». Ce modèle de Grande Mosquée à bâtir dans les grandes villes de France est  un signe de reconnaissance officielle par les Collectivités territoriales de la ‘’Communauté musulmane’’.
Notre communication se fixe comme objet premier de tracer la genèse du projet municipal de Toulouse de doter les musulmans d’un lieu de culte digne de ce nom. Le débat actuel, dans un contexte politique particulier, ne doit pas occulter que les véritables enjeux de la visibilité d’un lieu de culte musulman remonte aux années 80.
Prendre en compte la présence d’autres espaces cultuels confrériques à Toulouse et dans ses environs permet de relativiser les représentations actuelles sur « les peurs » associées à la présence dans la cité de « Mosquées Cathédrales ». En effet, il s’agit de musulmans traversés par les conflits entre des ‘’islams nationaux’’ et non d’une communauté structurée revendiquant sa ‘’Grande Mosquée’’.
Analyser les stratégies des acteurs toulousains du culte musulman, c’est comprendre le pourquoi de la présence de plusieurs mosquées et Zaouïas engagées dans des doubles ou triples allégeances à des institutions étrangères rendant difficile l’émergence d’un islam français.

 

puceCréation artistique et littéraire
Coordonnateurs : Michèle PRADALIER-SCHLUMBERGER et Nathalie DAUVOIS

 

Michèle PRADALIER-SCHLUMBERGER
L'atelier des Maurin, sculpteurs à Toulouse à la fin du XIVe siècle

Deux sculpteurs travaillent à la fin du XIVe siècle sur le chantier du cloître des Augustins : Jacques Maurin, mort en 1380, et Jean Maurin, qui signe un contrat en 1396 pour trois galeries du cloître. Ils introduisent à Toulouse un art original, qui renouvelle la sculpture ornementale héritée du style de Rieux. On peut suivre le travail de l’atelier dans les bâtiments conventuels des Augustins, ainsi que dans quelques églises de la région. Les productions très identifiables de l’atelier des Maurin sont des chapiteaux de cloître et des consoles ornées d’atlantes grimaçants, qui ont donné à l’art gothique du XIVe siècle finissant sa coloration particulière.

 

Pascal JULIEN
L'ordre caryatide, emblème de l'architecture toulousaine, XVI
e-XIXe siècles

Né au XVIe siècle, l’ordre caryatide connut à Toulouse un succès tout particulier, avec des applications aussi nombreuses que variées. Cet ordre anthropomorphe qui, entre support et décor, propose une multiplicité de figures masculines ou féminines, en pied ou en gaine, humaines ou hybrides, fut l’une des marques les plus caractéristiques de l’architecture de la ville, à l’égal de la brique ou des hôtels particuliers de la Renaissance.

 

Bruno TOLLON
Bâtir aux champs :
jardins, fontaines et maisons de campagne (XVI
e-XVIIe siècles) en Midi-Pyrénées

Il ne s’agira pas de dresser un inventaire de ces innombrables maisons de campagne que les archives et les cadastres permettent de situer autour de la ville. Et en premier lieu dans les limites même du gardiage de Toulouse. Cette main-mise sur la terre par le patriciat urbain est un phénomène bien connu, les traces laissées le sont moins.
Quelques exemples suffiront pour dresser le constat : peut-on définir une typologie de la maison de campagne ? Que sait-on des jardins ? Autant de questions qu’il faut peser sans oublier les informations qu’on peut réunir sur les fontainiers, indispensables metteurs en scène du rôle des jeux d’eau dans les bassin et les nymphéas.

 

Jérôme ZANUSSO
Deux toulousains amateurs de jardins : Guy Du Faur et Christophe de Lestang

Guy Du Faur (1529-1584), seigneur de Pibrac, est connu pour ses écrits et notamment ses Quatrains. C’est également un amoureux de la nature comme en témoigne ses poèmes sur Les Plaisirs de la vie rustique. Cette passion va l’amener à édifier, dans les années 1550-1580, une maison de plaisance dans le Bois de La Barthe, relevant du château seigneurial de Pibrac. A l’intérieur, une grotte artificielle agrémentée d’une baignoire accompagne une pièce avec un bassin rappelant les thermes romains.
Christophe de Lestang (1560-1621), évêque de Carcassonne, aménage sur son domaine de Fontaine-Lestang un jardin exceptionnel où les figures mythologiques se reflètent dans les vasques en marbre des fontaines. Une grotte surmontée d’un dôme est l’agrément principal de la composition. A l’intérieur, l’eau jaillit pour arroser le visiteur grâce à un système hydraulique mis en place par l’ingénieur italien Horatio de 1605 à 1607. 
Ces deux personnalités toulousaines ont en commun une culture humaniste mais également une connaissance des jardins qu’ils ont vu lors de leurs voyages en Italie et à la Cour de France.

Cassilde TOURNEBIZE
Le jardin de Reynerie

L’histoire du jardin de Reynerie est inséparable de celle des du Barry. Le domaine appartint à Guillaume, comte du Barry, dont le mariage de complaisance, en 1768, avec Jeanne Bécu, future favorite de Louis XV et ancienne maîtresse de son frère Jean, fut à l’origine de la grande fortune des du Barry.
En 1781, Guillaume échangea son domaine de Roquelaure, en Gascogne, contre Reynerie. Il y fit édifier une folie et aménager un jardin. Celui-ci fut cédé par ses propriétaires à la ville de Toulouse, en 1978, afin de le sauvegarder au moment où il allait être englobé dans la ZUP du Mirail. Il fut ouvert au public en 1982.
Classé « jardin remarquable » par le ministère de la Culture, ce petit parc de 3 hectares et demi est l’un des plus intéressants de Toulouse car il associe jardin régulier (respectant symétrie et perspective longue de façon originale), jardin paysager (hélas tronqué, mais dont il reste cependant quelques fabriques) et présence de végétaux exceptionnels dont plusieurs furent plantés par Guillaume du Barry.
Remarquable aussi pour sa restauration, il est le témoin émouvant du XVIIIe siècle finissant, d’un monde en transition qui situait souvent sa quête du bonheur comme celle des plaisirs dans une nature idéale et transformée par l’art.

 

Jean DESOBEAU
Les Virebent de Launaguet au coeur du renouveau architectural
du XIX
e siècle toulousain

L’œuvre des Virebent de Launaguet s’inscrit dans l’évolution normale, à l’ère industrielle, d’une civilisation de la « terre » vieille d’au moins deux millénaires, qui  s’est installée dans notre Midi avant même l’invasion romaine…
Armés de nouveaux procédés dont ils déposent aussitôt les brevets, les briquetiers de Launaguet préparent et accompagnent ce long effort de renouveau et de reconstruction qui succède aux guerres de la Révolution et de l’Empire. Ils utilisent les moyens de promotion inaugurés à l’époque : expositions internationales, et collectes des lauriers et médailles distribuées par les instances officielles.
Cette industrie naissante de la décoration, qui produit en série des objets en terre cuite moulée  et du mobilier « de style » en céramique, reposait sur la pratique systématique du moulage de modèles anciens ou contemporains. Un système performant de livraisons permettait d’acheminer les objets les plus conséquents en pièces détachées, et des équipes spécialisées, qu’accompagnaient staffeurs, ébénistes, marbriers, plâtriers d’art, fresquistes et autres corps d’état, achevaient sur place un travail minutieux de restauration complète…

 

Laurent FAU
Le sculpteur toulousain Henry PARAYRE (1879-1970)

Sculpteur de l’entre-deux-guerres par excellence, Henry Parayre développe un art sobre, privilégiant « l’expression intérieure » dans les nus féminins et les portraits qu’il façonne. Un style néo-classique en rupture torale avec l’art académique mais n’empruntant jamais la voie de l’avant-garde de l’époque.
Dès les années 20, sous l’influence du peintre Marcel-Lenoir et du poète Mac Lafargue, le sculpteur toulousain s’était rapproché de l’esthétique de Joseph Bernard et d’Aristide Maillol. Les critiques, y compris parisiennes, ont accueilli de plus en plus favorablement son œuvre et l’artiste s’impose rapidement comme le chef de file de la sculpture toulousaine.

 

Sophie GUERIN-GASC
Henri Guérin, un peintre-verrier de Toulouse, son oeuvre dans le monde

Un artiste devenu toulousain en 1954 : éléments de biographie ; 1954, une année charnière : mariage avec une toulousaine ; 1° exposition de tableaux en tissus collés (galerie « Joie de Lire »),  dessinateur pour La Dépêche du Midi …
Une vocation de peintre-verrier : les commandes locales pendant ses débuts aux côtés du Père Ephrem (abbaye d’En Calcat) ;  dès son indépendance en 1961 et l’installation de son atelier à Plaisance-du-Touch, les commandes hors de la région Midi-Pyrénées.
L’expansion de la commande et le début d’une renommée : la Une de la Dépêche du Midi en 1967 pour l’exposition universelle de Montréal au Canada. Des années 70 à aujourd’hui : ouverture vers  toute la France et l’international au  gré  des commandes (de l’Amérique du Nord à l’Afrique et  l’Asie  en passant par le Moyen-Orient). Présentation de cartes à l’échelle locale, nationale, mondiale.
Une renommée internationale à laquelle est associée le nom de Toulouse : essentiellement, par le recensement d’articles  de presse. Renommée également acquise par sa participation a de grands colloques nationaux (École du Louvre) et internationaux, dans le domaine artistique ou de réflexion  spirituelle.
« Nul n’est prophète en son pays » : les réalisations à Toulouse (et périphérie). De très nombreuses commandes privées mais peu de réalisations publiques prestigieuses ; une exception : le musée des Augustins.

Pascale CHIRON
La poésie amoureuse, "passe-temps" des juristes toulousains.
Le cas de Blaise d'Auril (La départie d'Amour)
et de Guillaume de la Perrière (Les Cent considérations d'amour)

Le sculpteur toulousain Henry PARAYRE (1879-1970)

La poésie amoureuse, espace de dépaysement pour ces esprits savants, espace de réconfort dans un climat politique tendu, est représentative de tendances perceptibles dans la littérature du premier seizième siècle en général où d’une part la pratique poétique est indissociable de la notion de recueil : une même édition rassemble des textes d’auteurs différents formant pourtant une unité thématique voire narrative (Blaise d’Auriol et Saint Gelais ; La Perrière et Corrozet) ; où d’autre part, l’attention exigeante portée à la réalisation formelle des poèmes est commune. Mais de Blaise d’Auriol à La Perrière, la part de l’allégorie, le goût de la complexité affichée, d’une poésie ostensiblement « savante » se dilue au profit d’une poésie faussement simple.



Nathalie DAUVOIS
La vie littéraire à Toulouse à la Renaissance d'après les Annales de Lafaille)

Les Annales de Lafaille sont une œuvre d’historien. L’auteur La Faille dit d’ailleurs dans sa préface n’avoir eu d’autre ambition que de compléter les Annales de la ville. Pourtant la partie qui concerne la Renaissance constitue aussi un jugement extrêmement instructif d’un homme du XVIIe sur le XVIe siècle : il l’analyse à l’instar d’un Pasquier dans ses Recherches comme le siècle de la Renaissance des lettres et met en lumière la version proprement toulousaine de cette Renaissance. Mais loin d’en illustrer l’humanisme il en critique souvent, en homme de son siècle,  l’érudition, le goût excessif pour les citations et le latin.
Plus surprenante pour nous est peut-être la représentation qu’il en donne et ce qu’il en retient. De Bunel, de Boyssoné, de La Perrière ou de Forcadel, membres éminents pour nous de la république des Lettres, auteurs pour les deux derniers d’une œuvre abondante, il ne dit presque rien, préférant s’attacher aux mécènes et aux « gens de lettres » qui eurent aussi un rôle politique, nous offrant ainsi avant la lettre une sociologie fort intéressante de la vie intellectuelle toulousaine à cette époque de l’Ancien Régime.

 

Pauline CHAMBRIER
L'architecture toulousaine vue par Léon Godefroy en 1638 :
une invitation au voyage de l'antiquité au XVII
e siècle


Au XVIIe siècle, les Godefroy connaissaient une notoriété certaine. Théodore Godefroy n’était autre que l’Historiographe de Louis XIII, et comptait sur ses fils pour suivre une carrière similaire. Si Denys, l’aîné, obéit aux préceptes paternels, le cadet de la famille, Léon (1616-1694), choisit d’entrer dans les ordres, préférant la « vie paisible et régulière dans son modeste canonicat de province » à l’éclat de la célébrité familiale. Cette volonté d’indépendance eut pour regrettable conséquence de faire tomber dans l’oubli le personnage et ses écrits. Il faut en effet attendre la fin du XXe siècle pour que les historiens de l’art se penchent sur les notes de l’humble chanoine, mais son principal manuscrit, l’ Ample Description de la ville de Tolose Et Relation dun voyage faict depuis icelle inclusivement jusques a Amboise Qui cy apres se doibt continuer jusques a la ville de PARIS, reste encore inédit. Pourtant, après lecture de sa relation de voyage, Léon Godefroy doit sans conteste être considéré comme l’un des auteurs voyageurs de référence étudiés aujourd’hui en Histoire de l’Art.
En 1638, le jeune homme n’a que 22 ans lorsqu’il rédige un journal consacré à son voyage effectué depuis Toulouse jusqu’à Paris. Quatre années passées à étudier le droit dans la cité languedocienne lui ont laissé le temps de connaître et d’aimer sa ville d’études. Il lui rend hommage à travers une longue description de 58 feuillets, patiemment composée et recopiée. Mais son père l’attend à Paris pour le faire travailler à ses côtés. Peu pressé de rentrer malgré les remontrances, Léon s’accorde 72 jours pour visiter et décrire les édifices qui jalonnent le chemin du retour. Le discours ordonné du récit toulousain laisse place à un style d’écriture spontané qui rend compte de ses derniers moments d’urgente liberté. La plume est sa mémoire, et devient par la même occasion celle d’édifices aujourd’hui disparus ou considérablement modifiés, comme les châteaux de Cadillac et de Richelieu, le phare de Cordouan ou les antiquités de l’ancienne Narbonnaise. Au contraire des cosmographes, qui se sont copiés entre eux et qui ont transmis les mêmes descriptions, Léon Godefroy aborde d’une façon nouvelle, naïve et parfois très pertinente certains aspects de lieux et d’objets connus qui n’avaient pas été soulevés. Peut-être parce que l’escapade lui offre l’opportunité de passer au « style adulte », tant dans son rapport paternel que dans celui de l’écriture : « vagari, lustrare, discurrere quivis potest : pauci indagare, discere ; id est, vere peregrinari ».
La description de Toulouse occupe presque un tiers du manuscrit de Léon Godefroy. Divisée en trois chapitres (l’Archevêché, le Parlement et l’Université), elle constitue autant un guide pour un voyageur du XVIIe siècle qu’une source précieuse d’informations pour l’historien d’art d’aujourd’hui, car les anecdotes locales se joignent à des descriptions architecturales inédites. Ainsi, le lecteur revit le martyre de Saint Sernin, s’amuse des jeux floraux, s’émerveille devant la cour Henri IV de l’Hôtel de Ville, puis traverse le Pont-Neuf reconstruit par l’architecte Jacques Lemercier avant de rejoindre les antiquités de l’ancienne Tolosa. Les exemples ne manquent pas car Léon est curieux de tout. Et ses descriptions, tant des mœurs et coutumes de son siècle, que d’architecture contemporaine ou antique, sont le fruit d’une personnalité riche en qualités humaines, qu’il convient de ne plus négliger. Laissons donc Léon Godefroy présenter Toulouse, « pour plus facilement maccoutumer a la quitter sans neantmoins mesloigner par trop » (f. 58 v°), avant de rejoindre Paris.

 

Jean-Noël PASCAL
Baour Lormian, poète traducteur

C’est par une traduction monumentale (rien moins que l’intégralité de la Jérusalem délivrée du Tasse) que le jeune Baour, nanti de l’héritage familial et d’une audace effrontée, rêva, en 1795, de faire une entrée tonitruante en littérature… L’échec, malgré une dépense démesurée (outre un tirage assez discret en 2 vol. in-8°, le jeune homme se fit imprimer somptueusement par Didot au format in-4° avec la série complète des gravures de Cochin), fut brutal et le malheureux Gascon aurait pu ne pas s’en relever. C’était compter sans le talent et la ténacité : à coups de satires virulentes qui le faisaient connaître et de poésies encomiastiques destinées à se gagner les grâces des puissances, il gagna rapidement sa place dans le monde des lettres en pleine effervescence du Consulat et de l’Empire. Il devait se faire une spécialité des traductions versifiées : Young, Ossian, Hervey passèrent ainsi à la moulinette de son écriture harmonieuse et souple. Mais il n’oubliait pas sa Jérusalem délivrée : alors que s’annonçaient les aurores romantiques, en 1819, il en sortait, dans un concert de louanges cette fois, une version entièrement refaite. C’est la carrière de ce poète-traducteur, d’une Jérusalem à l’autre, que l’on s’efforcera de présenter.

 

Jean-Christophe MAILLARD
En marge de l'opéra et de la musique religieuse :
musiques festives toulousaines au XVIII
e siècle

On sait que l’activité musicale de Toulouse aux XVIIe et XVIIIe siècles fut intense, et une partie des pièces qui y furent créées nous sont connues par divers témoignages, livrets ou partitions. Rejouées pour certaines d’entre elles, elles font l’objet  recherches, publications de partitions et de disques. On connaît un peu le répertoire religieux des Gilles, Levens et Dupuy, on commence à évoquer les pièces lyriques de ces deux derniers. Nous insisterons ici sur un troisième répertoire, plus complexe peut-être puisqu’il se situe à la charnière des deux : celui de la cantate en langue française traitant de sujets religieux (oratorios et assimilés) ou para-religieux (chant de louange pour un prélat, ou pour la naissance du dauphin). Ces musiques, associées aux fêtes, s’échappent des conventions de la liturgie ou de la scénographie, prétextes à des célébrations musicales bien définies. Une certaine spécificité toulousaine, déjà perceptible dans les autres répertoires, pourra sans doute ici s’exprimer avec une plus nette évidence.

 

Benoît MICHEL
Les noëls à grand choeur : un patrimoine musical toulousain méconnu
(XVII
e-XIXe siècles)

Capitale du Languedoc, Toulouse constitue un centre religieux et musical florissant aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le rayonnement des chapelles de musique de la cathédrale Saint-Étienne et de l’abbatiale Saint-Sernin, dirigées par des maîtres talentueux comme André Campra, Jean Gilles, n’était pas étranger à cette vitalité. Sans être circonscrite à ces deux maîtrises concurrentes,  la vie musicale s’épanouissait également par l’intermédiaire d’autres institutions et confréries dont les cérémonies nécessitaient régulièrement l’exécution d’œuvres musicales.
Au sein du calendrier liturgique, le temps de la Nativité occupe une place particulièrement importante. Chaque année, à l’occasion des fêtes de Noël et de l’Épiphanie, les maîtres de chapelle mettaient en musique des poésies en français (plus rarement en occitan) qualifiées de diverses manières : « cantiques », « églogues », « idylle », « noël » …  « sur la naissance de Jésus-Christ » ou « sur la feste des Roys ». Ces noëls à grand chœur – terme générique qui permet de désigner ces œuvres – nécessitaient un effectif musical conséquent, soit plusieurs solistes, un chœur et un accompagnement instrumental.
Ce répertoire, dont on a recensé à ce jour plus de cent cinquante œuvres, s’est d’abord développé à Toulouse dès la fin du XVIIe siècle avant de rayonner dans d’autres villes du Sud-Ouest (Auch, Narbonne, Béziers, Albi…) et a perduré dans la capitale du Languedoc après la Révolution, jusqu’au milieu du XIXe siècle.
La musique de ces noëls est bien souvent perdue et dans certains cas, seules les paroles, éditées sous forme de livrets par les imprimeurs locaux, permettent d’approcher ces œuvres.
De nombreux éléments stylistiques rapprochent ce répertoire de la musique scénique et de l’oratorio, dont l’influence se trouve renforcée par le caractère pastoral et dramatique de certains textes. Ce répertoire particulier occupait une place prépondérante dans la vie musicale et religieuse toulousaine et a remporté un succès public indéniable mais a suscité également de nombreux débats et controverses.
Cette communication aura pour objet de présenter ce répertoire à partir d’exemples précis et de le replacer dans le contexte historique, géographique et artistique toulousain. Au-delà, elle permettra de souligner la spécificité de cette capitale de province qui su développer une activité musicale riche et créative durant plus d’un siècle.

Aurélien BOROT
Chanter à Toulouse pendant la Seconde Guerre mondiale

Élevée au rang de capitale mondiale (devant Paris et Milan !) du Bel Canto entre les années 1820 et 1850, Toulouse connaît depuis lors une vie musicale intense, largement confirmée par les succès remportés par les artistes et les spectacles lyriques locaux au XX° siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'activité artistique perdure sans perdre de son  rayonnement malgré les rigueurs et les privations imposées par la situation de conflit puis d'occupation dans laquelle se trouve la ville. La situation était d'autant plus délicate que les responsables toulousains devaient se conformer aux vues et aux aspirations du Régime de Vichy, assez interventionniste en matière de ce que l'on appelle aujourd'hui la politique culturelle,  et  composer avec les contrôles et les diktats de l'occupant allemand.
Notre communication portera essentiellement sur l'histoire du théâtre du Capitole de 1939 à 1946. Elle proposera une analyse des répercussions de ce contexte particulier - une ville en guerre puis occupée, un État dirigiste - sur la scène musicale toulousaine et sur les éventuelles modifications qu’il a engendrées. Quatre thématiques pourront être développées afin de saisir les transformations à l'œuvre : le fonctionnement du Capitole (ses relations avec la politique de Vichy, par exemple, avec les autorités allemandes...) ; l'étude du personnel (artistes et dirigeants) ; la question sensible du répertoire, en relation avec celle de la censure (peut-on tout chanter sous l'Occupation?) ; et enfin celle du public toulousain, de ses réactions aux changements imposés par l'heure.
Il s’agit pour nous de proposer un travail de recherche reposant sur l'analyse d'un solide corpus d'archives et d'apporter notre contribution à un domaine historique encore peu défriché, que ce soit d’un point de vue local ou national : l'histoire de la  musique durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Marie-Bernadette BRUGUIERE
"Irons-nous tous à Pinsaguel ?"
Regards sur Toulouse et l'opéra

La version « locale » de Faust illustre bien les rapports traditionnels entre le Toulousain et l’opéra, une sorte d’affectueuse familiarité. Depuis peut-être la fondation du premier opéra en 1687 par le gendre de Lully et au moins depuis le XIXe siècle, Toulouse en matière d’art lyrique ressemble à une ville italienne : profond enracinement populaire, public connaisseur aux goûts très affirmés et aux réactions immédiates.
Ceci se traduit dans le choix et l’évolution du répertoire (I), les préférences quant aux chanteurs et la formation des chanteurs (II). Mais la transformation actuelle de Toulouse change aussi le public : que reste-t-il des spécificités toulousaines (III) ?

 

puceSavoirs et transmission des connaissances
Coordonnateur : Didier FOUCAULT

 

Gérard PRADALIE
Faux et usage de faux : la difficile émancipation de Saint-Sernin aux XI
e-XIIe siècles

Aucune époque n’a été plus favorable à la rédaction de faux documents que celle de la Réforme dite grégorienne. Qu’il s’agisse d’arracher des biens aux laïcs ou de se libérer d’une tutelle jugée insupportable, nombreuses sont les églises qui n’hésitent pas à commander des faux à leur scriptorium pour soutenir leurs prétentions. Régis de La Haye l’a montré pour Moissac. Les églises de Toulouse n’échappent pas à cette pratique. Dans sa lutte pour l’émancipation qui  oppose pendant trois quarts de siècle Saint-Sernin à la cathédrale Saint-Etienne, les deux églises s’appuient sur des faux dont l’examen fragilise certains acquis de l’histoire de Toulouse aux XIe-XIIe siècles.

 

Patrice FOISSAC
Les collèges séculiers de l'Université de Toulouse aux XIV
e et XVe siècles

Après l'échec des pionniers qu'étaient les collèges Vidal Gautier et Pierre Béranger, Toulouse connaît dans la seconde moitié du XIVe siècle une série de fondations séculières réussies dont les plus significatives restent les "quatre grands collèges" : Saint-Martial, Maguelone, Périgord et  Sainte-Catherine. Le mouvement de création de collèges a continué avec succès au siècle suivant, en particulier avec la fondation du collège de Foix. Paradoxalement, cette institution qui a marqué le paysage urbain et compté dans la vie universitaire et politique de la ville est assez mal connue : les collèges n'ont été étudiés que dans quelques monographies anciennes n'excédant pas une dizaine de pages et, plus récemment, sous l'angle utile mais réducteur de leur domaine foncier. Je me propose de faire le point sur la question en abordant successivement l'historiographie des collèges toulousains, la genèse des grands collèges, l'essentiel du fonctionnement institutionnel (administration, statuts, vie matérielle) et enfin leur insertion dans l'Université et dans la ville.

 

Jean-Christophe SANCHEZ
Les Toulousains dans les réseaux de correspondance de Marin Mersenne

Au Grand Siècle, la vie scientifique s'organise en réseau où l'information circule par la correspondance et où des individus fédèrent les relations. Marin Mersenne (1588-1648), "secrétaire général de l'Europe savante ", joue ce rôle de point nodal, auquel se raccordent d'autres réseaux épistolaires comme celui de Pierre de Fermat (1601-1665). En 1646, Mersenne effectue un voyage pour rencontrer Fermat, sans nul doute, le savant le plus illustre du Midi. Si c'est dans les mathématiques qu'il excelle les sciences astronomiques et physiques ne lui sont pas étrangères. Ses relations personnelles et épistolaires montrent cet intérêt et permettent une diffusion des nouveaux savoirs dans des élites culturelles et urbaines.

 

Didier FOUCAULT
La diffusion de la science nouvelle dans une capitale régionale au XVII
e siècle : Toulouse

Sans vivre dans un des foyers majeurs de l'élaboration de la science nouvelle au XVIIe siècle, des savants toulousains ont participé à cette grande aventure intellectuelle, soit en occupant des places éminentes (Fermat, Maignan) soit en jouant un rôle de diffusion des théories nouvelles (Pierre Borel, François Bayle). Cette contribution vise à faire le point sur les moyens de pénétration des idées novatrices, sur les hommes et les institutions qui les ont accueillies avec enthousiasme mais aussi à évaluer les résistances qu'ils ont dû vaincre localement.

 

Bernadette SUAU
Un centre d'archives régionales mis en place à Toulouse aux XVII
e et XVIIIe par l'Ordre de Malte

C’est le 23 février 1640 que le grand maître de Malte, Paul Lascaris Castellar, prend un décret de nomination d’un  archivario, à la demande du chapitre provincial du prieuré de Toulouse, pour la conservation des « écritures » et des « titres ».  Cette décision répond d’ailleurs aux objectifs de la Contre-Réforme au moment où dans un souci de réorganisation, de remise en ordre, il se révèle nécessaire pour récupérer des revenus et recouvrer des droits usurpés pendant les périodes troublées, de produire des preuves et des titres. C’est d’ailleurs à cette date, qui correspond aussi à celle des premières visites générales organisées par les grands prieurs de façon beaucoup plus modernes et structurées, que les premiers inventaires et répertoires sont  rédigés et que débute la politique de centralisation des archives des commanderies au grand prieuré de Toulouse.
Certes il fallut plus d’un siècle pour que l’ensemble des documents produits et conservés par les 27 commanderies qui dépendaient du grand prieuré de Toulouse et des 18 commanderies qui dépendaient de celui de Saint-Gilles, mais qui se trouvaient dans le ressort du parlement de Toulouse, soit rassemblé dans deux salles voûtées de la tour de l’hôtel de Malte.
Mais au milieu du XVIIIe siècle, fonctionne à Toulouse un véritable service doté d’un bureau pour les recherches, copies et expéditions, appliquant en outre les grands principes archivistiques de centralisation, classement et tri, conservation et communication, pour cette partie du Sud-Ouest qui va de Narbonne et Pézenas à Bordeaux et Condat (Dordogne), ou encore de Sainte-Eulalie de Cernon et Cannebières (Aveyron) à Bayonne.
Le fonds de Malte, aujourd’hui conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne, offre une documentation d’une richesse rare pour la connaissance de Toulouse et d’une région beaucoup plus vaste que celle de l’actuelle région Midi-Pyrénées.

 

Pierre C. LILE
Les grands médecins toulousains au XVII
e siècle

Malgré la concurrence de l'autre grande université languedocienne, celle de Montpellier, qui avait acquis une réputation internationale considérable, Toulouse accueillit dans sa faculté quelques médecins de grande valeur, qui furent tous des professeurs-régents. Si Jean de Queyrats nous a laissé un "Traité de peste" utilisé lors des deux terribles épidémies que traversa la ville en 1628 et 1652, si Pons-François Purpan publia son précieux "Codex Medicamentarius" pour lutter contre l'anarchie des prescriptions thérapeutiques au milieu du siècle, c'est par leur pensée philosophique et médicale résolument novatrice que Sanchez, François Bayle et Riordan contribuèrent au renom de leur ville : du "quad nihil scitur" du premier à l'énergique remise en cause des "autorités" : Aristote, Hippocrate et Galien, du dernier.

 

Jacques ARLET
L'enseignement de la Médecine à Toulouse au XVIII
e et au XIXe siècle

L’enseignement de la médecine et de la chirurgie à Toulouse au XVIIIe et au XIXe siècle s’est maintenu à un bon niveau national spécialement au XVIIIe où existait une faculté de médecine qui était la troisième de France par son importance et ses résultats et où fut créée une école royale de chirurgie de qualité. Au XIX° siècle, face au vide créé par la suppression des Facultés et des écoles de l’ancien régime, les médecins et les chirurgiens toulousains recréèrent dés 1801 et sans attendre des décisions gouvernementales qui tardaient, un enseignement mixte de médecine, de chirurgie et de pharmacie, groupant désormais les trois enseignements concernant la santé. C’était un des progrès attendu.
Cette école d’abord privée et municipale fut officialisée par Napoléon en 1806, mais elle resta école, sans possibilité de faire des docteurs en médecine, jusqu’à la fin du siècle, malgré les demandes réitérées des professeurs et des autorités locales et régionales. Elle ne retrouva son statut de Faculté qu’en 1891, sous la troisième République, en même temps que Toulouse récupérait une université indépendante.

 

Guy ASTOUL
Le succès des maisons d'éducation à Toulouse au XVIII
e siècle

Au cours du XVIIIe siècle, l’éducation des enfants apparaît comme une préoccupation majeure des parents qui ont de nouvelles attentes pour l’instruction de leur progéniture. Une vive critique des collèges remet en cause l’enseignement traditionnel de la ratio studiorum et prône l’abandon de ces gros établissements accusés de ne pas savoir capter l’intérêt de l’élève, et incapables de partir de ses besoins et de tenir compte de ses capacités personnelles. Dans leurs prospectus, les gazettes proposent le nouvel « idéal pédagogique » (Marcel Grandière) qui sous-tend l’enseignement donné dans les « maisons d’éducation » ou dans les pensions nouvelles qui se multiplient à Toulouse, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Le succès de ces institutions tient à ce qu’elles s’adaptent aux désirs des parents et offrent une grande diversité de disciplines qui prétendent mieux correspondre aux besoins des élèves. Elles se développent et connaissent une vogue surprenante auprès des parents gagnés aux idées des Lumières et soucieux d’encourager un enseignement plus moderne  que dans les collèges.


Caroline BARRERA
Une ville universitaire internationale. Toulouse et ses étudiants étrangers et coloniaux (fin XIX
e-1944)


A partir de la fin du XIXe siècle, la traditionnelle migratio academica  s’accélère jusqu’à la crise des années Trente. Se souvient-on qu’en 1928, 26 % des étudiants de la ville sont étrangers ou coloniaux et qu’à la faculté des Sciences, notamment dans ses Instituts techniques, ce sont 50 % des effectifs qui sont concernés. Etudiants de l’Empire russe, d’Europe centrale et orientale, de Chine, de Perse,  des Etats-Unis, ou encore de l’Empire français…, étudiants aisés, réfugiés, boursiers, étudiantes pionnières, étudiants coloniaux…, les multiples figures de l’étudiant d’ailleurs se sont bousculées à Toulouse et y ont développé une vie très riche, en même temps qu’elles étaient façonnées par l’enseignement reçu. Au delà des chiffres qui disent combien était grand le rayonnement international de l’Université toulousaine, nous brosserons le tableau de la politique volontariste de Toulouse en matière d’accueil des étudiants étrangers et coloniaux, à partir de la fin du XIXe siècle et son évolution face à la problématique plus générale de l’Etranger en France ; nous analyserons les choix d’études faits par ces étudiants, les enjeux qu’ils dissimulent en matière de concurrence internationale pour la formation des élites intellectuelles et techniques des Etats en construction, et en matière de rayonnement de la France et de Toulouse à l’Etranger  ; nous n’oublierons pas enfin, au-delà des politiques des Etats émetteurs ou d’une ville réceptrice, les choix personnels et parfois imprévibles de ces étudiants concernant leur avenir qui font qu’une partition universitaire n’est jamais totalement écrite à l’avance.

 

Hervé TERRAL
Le Collège d'Occitanie (1927-2007) : une institution culturelle de Toulouse

Créé – voici 80 ans – (à Castelnaudary, Aude) par les Félibres Prosper Estieu et Joseph Salvat, l’un et l’autre catholiques déclarés, le Collège d’Occitanie s’inscrit dans le droit fil des travaux conduits dans les années 1900 par le même Estieu et son ami Perbosc pour faire revivre la culture occitane par l’entremise d’un retour aux sources littéraires (savantes et populaires) et d’une normalisation linguistique (cf. les revues Montsegur et Occitania entre 1896 et 1905).
Sa tâche première aura été d’apprendre… à lire et à écrire la langue d’oc à un ensemble d’escolans qui, sans doute, la possèdaient déjà en grande part (certains deviendront des références pour les lettres occitanes, telles Louisa Paulin, Charles Mouly ou Léon Cordes). Mais, plus encore, on trouvera le Collège au carrefour de plusieurs activités : édition, enseignement universitaire, voire pèlerinage – particulièrement après sa translation en 1940 au 19 rue de la Fonderie, dans un local de l’Institut catholique de Toulouse (ce sont les abbés Salvat, Nègre et Passerat qui en assureront la direction, au demeurant, jusqu’à aujourd’hui, dans ce même lieu). Dès lors, étroitement lié à l’Escola occitana, expression renouvelée du Félibrige local (dès 1919), et à la prestigieuse Académie des Jeux-Floraux (qui reconnaît son travail dès les années Trente), il se présente comme une institution : tant pour la ville de Toulouse que pour l’occitanisme.

 

Marianne MIGUET
La bibliothèque et la vie culturelle à Toulouse


La Bibliothèque de Toulouse s'inscrit dans la ville comme la rencontre de la tradition et de la modernité.
A la veille de la Révolution française, en 1782, c'est à un fidèle des encyclopédiste, Jean Castilhon, que l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, confie le soin de constituer la première bibliothèque publique de Toulouse avec les restes de celle des jésuites après leur départ de l'hôtel de Bernuy.
Le premier bibliothécaire de la ville aura alors la responsabilité de gérer la somme très importante des documents "hérités" de l'Ancien Régime après les aléas des saisies révolutionnaires.
La création de la Bibliothèque de la rue du Périgord, deux siècles et demi plus tard, renouvelle cette vocation en offrant "un palais moderne de la pensée", ouvert largement à la population toulousaine.
La bibliothèque est de tout temps partie prenante de la vie intellectuelle de la cité, non seulement en acquérant et conservant les ouvrages qui témoignent de sa créativité mais aussi en participant à sa mise en valeur par une politique continue de publications et de manifestations : conférences, expositions, colloques, spectacles, etc.
Aujourd'hui, l'ensemble du réseau de lecture publique dont la Médiathèque José Cabanis est la tête de pont, s'unit à la Bibliothèque d'étude et du patrimoine pour offrir à tous l'accès et la participation à une vie culturelle de qualité.
La Bibliothèque accueille, accompagne et impulse bien des travaux et des événements culturels.

 

puceImages, représentations et art de vivre
Coordonnateur : Luce BARLANGUE

 

Jacqueline JONDOT
La représentation de Toulouse dans la littérature anglo-américaine au fil des siècles

Du dix-huitième siècle à nos jours, de nombreux voyageurs et écrivains anglais et américains sont passés par Toulouse, le plus souvent ville étape sur la route des Pyrénées qui répondaient à leur désir de sublime ou à leur quête des troubadours. Entre décor de fiction (Daniel Defoe, Mrs Radcliffe), étape d’un récit de voyage, inspiratrice poétique (Ezra Pound, James Emanuel) ou étape gastronomique, selon l’idéologie des époques, nous tenterons de montrer comment ces écrivains représentent Toulouse. Entre séduction et déception, patrimoine et douceur de vivre, l’image de Toulouse a du mal à s’affirmer dans l’imaginaire anglo-saxon.

 

Claudette PEYRUSSE
Vingt siècles d'images.
Toulouse dans le roman ou le passé recomposé

Peu d’auteurs régionaux de grande envergure à l’inverse de Marseille et la Provence (Daudet, Pagnol, Giono), du Mauriac de Bordeaux et des Landes, de Flaubert et Maupassant qui furent aussi des Normands.
Pourtant le roman mettant en scène la région toulousaine compte plusieurs centaines d’auteurs qui ont, à peu d’exception près, plusieurs œuvres à leur actif. L’ensemble constitue un continent englouti de plus d’un millier d’œuvres, de Marguerite de Navarre à Françoise d’Eaubonne ou à José Cabanis, du XVIème siècle aux années 1960. En mineur, par rapport aux romanciers d’autres régions françaises, se détachent Emile Pouvillon, Maurice Magre, Isabelle Sandy, Pierre Gamarra. On connaît encore, au moins de nom, Edouard Estaunié, Marcel Prévost, Pierre Benoit mais sait-on qu’ils furent aussi des écrivains de notre région ? Comme le jeune André Cayatte, le poète René Laporte qui fut le premier à publier les surréalistes à Toulouse avant de convoquer sa ville dans des romans inégaux mais exigeants ?  La ville a aussi requis des écrivains extérieurs à la région : Cyrano de Bergerac, Jules Janin, Champfleury, Paul Féval fils, Saint-Exupéry, qui n’en disent pas que du bien !
On se propose de dresser un tableau chronologique de ces vingt siècles d’images en montrant ce qu’elles doivent à l’histoire de la ville (et à son historiographie) mais aussi à celle du roman national, nos auteurs étant pour l’essentiel publiés dans la capitale.

Ces scènes de l’histoire et du mythe, plus rarement de l’ordre du quotidien personnel, forment certes un très riche kaléidoscope de représentations. Mais sa ligne de fuite est celle du passé comme si l’identité de la ville n’existait plus au présent pour ceux qui la dépeignent. Au delà de l’usage de l’imparfait et du passé de narration, les temps privilégiés du récit romanesque, le phénomène est à questionner comme le syndrome d’une ville vidée de ses forces vives et représentée par des auteurs qui font le va-et-vient entre la capitale et un gros village, devenu d’autant plus provincial qu’ils le quittent plus fréquemment sans retour.

 

Anne-Laure NAPOLEONE
Maisons médiévales toulousaines

Il s’agit d’abord de dresser l’inventaire des vestiges de maisons connues et aujourd’hui visibles. Parmi ces demeures, deux ont pu faire l’objet d’une étude : la maison sise au n° 15 rue Croix-Baragnon et l’Hôtel de la Famille Maurand.
Un certain nombre de textes (inventaire après décès, comptes de construction), viennent compléter les données archéologiques.

 

Pierre CADARS
Le théâtre du Capitole : Toulouse, terre d'opéra ?

Comment expliquer les liens très forts qui depuis plus de deux siècles existent entre les Toulousains et leur principale scène lyrique ? Cette communication fait quelques propositions pour approcher quelques réponses à préciser…

 

Christian MANGE
Histoire et identités toulousaines :
le château des Verrières de Louis-Victor Gesta (1824-1894)

Situé dans le quartier Arnaud-Bernard de Toulouse, le Château des Verrières est la création de Louis-Victor Gesta (1824-1894), peintre-verrier entreprenant qui développe avec talent une manufacture de vitraux. Pour donner une nouvelle impulsion à son entreprise, Gesta procède en 1874 à l’aménagement de sa manufacture ; à côté de sa nouvelle maison d’habitation, un castel du XVe siècle, il élève un bâtiment d’exposition sur deux niveaux. Une salle retient particulièrement l’attention ; éclairée par six vitraux géminés et sur les petits côtés de la pièce par quatre autres vitraux, tous reproduisant les gloires méridionales dans les sciences, les arts, la politique, elle est ornée sur les murs et au plafond de grandes compositions historiques célébrant les principaux fastes civiques de Toulouse. Réalisé par le peintre Bernard Bénézet (1835-1897), un artiste réputé pour ses compositions religieuses, ce trésor constitue un jalon important dans le légendaire toulousains, avant la salle du Capitole républicain en 1898.
Quelles sont les personnalités, quels sont les événements de l’histoire méridionale retenus dans cette commande privée ? Quel accueil a-t-il été donné à ce remarquable travail de décoration que l’historiographie locale comparera, souvent à son profit, à « l’autre Salle des Illustres » ? Comment se forme une identité régionale ? Telles sont quelques unes des questions que l’on souhaite aborder dans cette communication.

 

François de VERGNETTE
Le décor de Jean-Paul Laurens à la salle des Illustres du Capitole de Toulouse et ses sources historiques et littéraires

Le décor de Jean-Paul Laurens à la salle des Illustres du Capitole célèbre la défense de leur ville par les Toulousains en 1218, dans la scène historique de La Muraille (1895), puis le triomphe de la Toulousaine ayant tué Simon de Montfort, dans la peinture allégorique Toulouse contre Montfort (1899) et enfin, la paix retrouvée avec le paysage historique du Lauragais (1897). Ce décor aurait dû comprendre une autre toile, Raymond VI (1902, œuvre perdue, connue par une seule photographie), qui aurait dénoncé le rôle de l’Eglise. Les sources écrites de ces compositions sont nombreuses et variées. Parmi les ouvrages historiques, Jean-Paul Laurens a aussi bien consulté La Chanson de la Croisade (XIIIe siècle), les Annales de la ville de Toulouse de Germain de Lafaille (1687), que l’Histoire des Albigeois de Napoléon Peyrat (1872), ouvrage favori de la gauche occitane. Jean-Paul Laurens s’est également inspiré de chants populaires médiévaux. Ces peintures révèlent encore la lecture par l’artiste des recueils de vers du félibre contemporain, Auguste Fourès. Nous analyserons aussi les sources des inscriptions et des poèmes en occitan placés dans ces compositions. Enfin, nous nous demanderons si le choix par le peintre de ces sources écrites permet d’éclairer l’interprétation que l’on peut faire du décor, quant au rôle de l’Eglise dans la croisade, à la place du Midi dans la France et au statut de la langue occitane à la fin du XIXe siècle.

Delphine DURAND, Dominique ALLIOS
Les âges d'or de Toulouse entre Histoire et Mythe ?

Toulouse souvent présentée au XIXe siècle comme « l’Athènes du Midi », « la capitale du génie latin » entremêle savamment sources littéraires et historiques. Elle apparaît comme le foyer où prend naissance une chimérique « race méridionale » dont l’origine remonterait « aux temps indéterminés du rêve ». Ainsi le mythe régional se crée là où la légende prend l’allure d’une vérité historique. Toulouse est la cité volque, romaine, wisigothe et cathare… Il est intéressant de constater que, de nos jours, cette tradition se perpétue dans les mondes politique, artistique et scientifique. Oscillant entre une justification du fantasme et une démarche scientifique, l’archéologie joue un rôle particulièrement ambigu.

 

Louis PEYRUSSE
Les représentations de Toulouse, capitale de la poésie à la fin du XIX
e siècle.
Problèmes d'iconographie et de signification

On peut remarquer à la fin du XIXe siècle la grande importance donnée au thème de Toulouse capitale de la poésie : Clémence Isaure, les troubadours, les jeux floraux envahissent les grands décors publics. Or c’est l’époque où la ville est en froid avec l’Académie des Jeux floraux, jugée désuète, où les jeunes poètes préfèrent se faire reconnaître à Paris et gagner une légitimité nationale. On cherche à préciser les données de ce paradoxe iconographique et à en comprendre les raisons.

Odile FOUCAUD
La métropole marchande.
Architectures commerciales de la Révolution à la III
e République

L’architecture commerciale à Toulouse comme ailleurs n’a inspiré que peu d’analyses. Jusqu’à une date tardive, au XIXe siècle, elle est demeurée relativement dévaluée par les architectes mêmes, qui lui accordaient très peu de place dans leurs réflexions et leurs publications. Elle n’est qu’un sous-produit de l’architecture privée et possède en outre un caractère relativement éphémère dû à sa nécessaire et permanente mise au goût du jour comme à l’instabilité des négoces. Mais elle a, de ce fait, constitué un excellent terrain d’expérimentation tant au plan formel que technique profitant largement du développement de l’architecture métallique, de l’industrie du verre.
Le siècle de l’industrie fut aussi celui des plus spectaculaires mutations de l’architecture commerciale. Le commerce familial toulousain, inscrit dans la brique, se vit concurrencé par l’avènement des premiers grands magasins, œuvres de commerçants et d’architectes locaux, puis par des sociétés nationales comme « Les Dames de France » qui, en 1905, imposèrent leur maître d’œuvre.

 

Luce BARLANGUE
Toulouse "ville rose" ?

Toulouse, « la ville rose » : image devenue une idée reçue, paraissant de l’ordre de l’évidence dans l’imaginaire tant local que national, exploitée aujourd’hui à des fins touristiques.
Comment, pourquoi, quand se forge et s’affirme cette représentation mentale ? Se vérifie-t-elle dans les images picturales locales ?
Cette communication tente de donner quelques repères en se fondant sur l’étude de la période 1870-2000.

 

Lucien REMPLON
Le rugby : une passion toulousaine

Affirmer que le rugby est une passion bien toulousaine n’est que la proclamation d’une évidence. Passion plus que centenaire, car, si le club emblématique de la ville, le Stade Toulousain, célèbre, cette année, la centième année de son existence, le jeu de « foot-ball rugby », comme on le nommait alors, a connu ses premières joutes sur les bords de notre Garonne, dès l’année 1890. C’est à ce moment, en effet, que dans l’enceinte du Lycée se groupèrent les premiers adeptes de ce sport importé d’outre Manche.
Ce fut un engouement comme l’époque en connut pour les activités ludiques et physiques, mais cet engouement devint rapidement passionnel. Les succès sportifs ne tardèrent pas à « nourrir » cette passion.
Quelle fut la – ou les raisons de cet engouement ? Pourquoi se transforma-t-il en passion, une passion qui perdure après tant de temps et malgré bien des vicissitudes ?
Interrogations auxquelles il est bien malaisé de proposer des réponses d’une pertinence éclatante…






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