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Sorcellerie : les bons remèdes du sieur Gleizou

L'an 1644, à Aussonne.

Le juge seigneurial des lieux mène une instruction sur des bruits qui courent au sujet d'un certain Gleizou (que l'on surnomme "Sartroulet") et de son disciple Cestérou. Ceux-ci semblent être un peu guérisseurs, un peu sorciers. Des personnages comme on en rencontre encore quelquefois dans les campagnes : des rebouteux, guerrisseurs, faisant disparaître les verrues et apaisant les brûlures. Mais le champ des compétences de Gleizou et Cestérou s'étend un peu au-delà de cette médecine « alternative ».

Le juge fait comparaître devant lui des témoins qui racontent.

Témoignages sur des faits de sorcellerie
Justice seigneuriale d'Aussonne : pièces de procédure. ADHG 37 J 63 . Folio 1, recto.
Témoignages sur des faits de sorcellerie
Justice seigneuriale d'Aussonne : pièces de procédure. ADHG 37 J 63 . Folio 1, verso.
Témoignages sur des faits de sorcellerie
Justice seigneuriale d'Aussonne : pièces de procédure. ADHG 37 J 63 . Folio 2, recto.


Le premier témoin est Jean Clavières, un habitant d'Aussonne qui dit avoir eu recours aux services des suspects. Ce faisant, il apporte beaucoup de détails sur la teneur des conseils et des remèdes des deux acolytes. Ainsi, un cataplasme de moutarde (à moins qu'il ne s'agisse d'huile de chanvre) lui aurait fait passer une douleur au genou.Une autre fois, les compères, grâce à quelque mystérieuse imprécation, ont pu désenvoûter un villageois.

Le second témoin, Bernard Tirul, nous décrit ensuite le "remède" le plus insolite de l'affaire. Afin de réussir son mariage, le futur époux doit, au point du jour, se tournant face au soleil, uriner à travers la bague de sa fiancée, tout en récitant "Oremus precepty salutaribus". Autre précision, le jour du mariage, le jeune homme devra se garder de tourner la tête lorsque le prêtre récitera les évangiles.Faute de quoi il pourrait bien rester définitivement bloqué dans cette position, ce qui serait fâcheux, reconnaissons-le.

Avertissement : s'il n'est pas exclu que les remèdes contre les maux de genoux et autres préventifs pour mariages réussis puissent fonctionner, ils ne sont donnés ici qu'à titre de curiosités. La responsabilité du Conseil Départemental ne saurait être engagée en cas de divorce !


Télécharger le dossier complet (images et transcription, 32 Mo).

Il peut arriver de trouver dans les fonds des familles (en série J ou en sous-série 1 E) des archives judiciaires lorsque l'exercice de la justice appartenait au seigneur. Ce document est tiré de la cote 37 J 63 du fonds "Buisson d'Aussonne".
Il est une pièce d'un procès criminel instruit par le juge de la seigneurie d'Aussonne. Nous n'avons pu retrouver du dossier que ce cahier d'information. Il n'est pas à exclure que le reste de la procédure soit "noyé" dans les 19 dossiers analysés "procédures diverses" de 37 J 49 à 37 J 63.
Notons que ce procès vient pendant la grande "épidémie" de répression de la sorcellerie avérée dans une grande partie du royaume de 1643-1644, alors que la "chasse aux sorcières" était plutôt une réalité du XVIème siècle et tendait à disparaître au XVIIème siècle.

Pour ceux que le thème de la sorcellerie intéresserait, nous conseillons la lecture de trois ouvrages disponibles aux Archives départementales de la Haute-Garonne :
  • CASTAN Y., Magie et sorcellerie à l'époque moderne, Paris, Albin Michel, 1979.
  • HOT P., Sorcellerie et possession diabolique à Toulouse au XVIIème siècle (1644 - 1702) : évolution et perception du phénomène diabolique, mémoire de maîtrise, Toulouse Le Mirail, 1999.
  • MANDROU R., Magistrats et sorciers en France au XVIIème siècle, Paris, Plon, 1968.


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