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Le fort de Lauzerville

Lauzerville (du nom d'homme wisigothique Leud-Hari et du latin villa : domaine 1) est une petite commune du Lauragais sise à quelques kilomètres à l'est de Toulouse et appartenant anciennement au canton de Lanta.
Son territoire de 346 h, s'étend sur les premières collines du terrefort, orientées est-sud-est, ouest-nord-ouest, limité au nord par la vallée de la Saune et au sud par celle de la Marcaïssonne.
Le village, bâti sur une colline (210 m) dominant les deux vallées, est traversé actuellement par la D54.

Quelques sites gallo-romains sont attestés sur le territoire communal 2.
Le lieu n'apparaît dans les sources écrites qu'en 1337 sous le nom de Lauserdovilla 3.
Il faisait partie de la viguerie de Toulouse 4 et, au XIVème siècle, la seigneurie appartenait à Gratien de la Tour 5.

Il y a quelques années, une étude concernant l'occupation du sol au Moyen-Age avait été menée sur cette commune à l'occasion de travaux universitaires, mais faute de documents, certaines hypothèses n'avaient pu alors être vérifiées, notamment l'existence de fossés entourant le village 6.

Or, à l'occasion du reclassement de la sous-série 2 O, un document (2 O 284/5), de prime abord anodin, a permis de confirmer cette hypothèse.

En effet, en 1842, la commune de Lauzerville aliène divers communaux et notamment celui des Baladasses (« les gros fossés » en occitan), et, le petit plan, accompagnant l'expertise de maître Antoine Mestre, notaire de Lanta, permet de constater que ces terrains, aux formes très particulières, correspondent au tracé envisagé lors de la précédente étude.
Ceux-ci correspondent, au sud, au chemin de Marrast, et au nord, au chemin de la Bergerie et délimitent ainsi un espace quadrangulaire d'environ 90 x 70 m.

Plan des communaux à vendre, dont le nom et la forme révèlent la présence ancienne de fossés entourant le village. ADHG 2 O 284/5
Plan des communaux à vendre, dont le nom et la forme révèlent la présence ancienne de fossés entourant le village. ADHG 2 O 284/5.




D'autre part, grâce à l'informatisation des instruments de recherche, l'existence de deux registres, importants pour la communauté de Lauzerville, ont été mis en lumière.
Il s'agit d'un livre d'estimes du consulat daté de 1550 et d'un livre terrier de 1634.
Ces deux registres, cotés actuellement 12 J 79 7, joints au fonds de Castelnau-d'Estretefonds, sans rapport apparent avec celui-ci, n'avaient pas été consultés en 1991 car aucune piste ne permettait alors d'y accéder ; l'instrument de recherche ayant été saisi informatiquement en 2007.

Il ressort de l'étude de ces registres que Lauzerville était un fort entouré de fossés, conservant encore en 1634 une porte fortifiée, vraisemblablement située à l'ouest, et comprenant une petite dizaine de maisons, faisant probablement office de murailles. Le tout était défendu par une barbacane, citée en 1550 (f°36 recto).

Extrait du livre d'estimes du consulat, daté de 1550. A la troisième ligne, il est fait mention de la barbacane devant le fort ADHG 12 J 79.
Extrait du livre d'estimes du consulat, daté de 1550. A la troisième ligne, il est fait mention de "la barbacane devant le fort". ADHG 12 J 79.
Extrait du livre livre terrier, daté de 1634.Il y est plusieurs fois fait mention du fort de la ville, ainsi que de son portail et de sa porte.
Extrait du livre livre terrier, daté de 1634.Il y est plusieurs fois fait mention du fort de la ville, ainsi que de son portail et de sa porte. ADHG 12 J 79.

Cette petite découverte vient étayer la carte archéologique du Lauragais ainsi que les travaux menés sur les vallées de la Saune et de la Marcaïssonne, zones de passage privilégiées vers Toulouse 8. Néanmoins, pour l'heure, il est impossible de déterminer, s'il s'agit d'un fort villageois de la fin du Moyen-Age ou d'une fortification d'origine plus ancienne, de type castrum.

Par ailleurs, cette courte étude, démontre, s'il en est encore besoin, que les documents les plus esthétiques et les plus attrayants ne sont pas forcément les plus utiles à la recherche.
Elle illustre également l'intérêt d'un classement précis et d'analyses détaillées ainsi que l'utilité de l'informatique dans la recherche documentaire
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1 - A. Dauzat et C. Rostaing : « Dictionnaire étymologique des noms des lieux en France » - Larousse - 1963.
2 - G. Baccrabère : « Stations gallo-romaines en Lauragais » - Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France - Toulouse - 1963 - tome 29 - p. 69-76.
3 - Dom de Vic et Dom Vaissette : « Histoire générale du Languedoc » - Privat -1784 - tome 10 - p. 819.
4 - E. Roscach : « Géographie de la Haute-Garonne » - Edition de la Tour Gile - 1867 - p. 40.
5 - P. Wolff : « Commerces et marchands de Toulouse - 1350-1450 » - Plon - Paris - 1954 - p. 295.
6 - M. Daydé : « Inventaire archéologique et habitat médiéval dans le canton de Lanta » - Université de Toulouse-Le Mirail sous la direction de G. Pradalié - 1991-1992 - p. 163.
7 - Le fonds de Catselnau-d’Estretefonds étant en cours de révision, cette cote est susceptible de changer dans les mois à venir.
8 - M. Daydé : « Rapports de prospections, vallée de la Saune » - Service Régional de l’Archéologie - 2001-2002.


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